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Le Gabon expérimente la finance climatique grâce à sa forêt

Le Gabon expérimente la finance climatique grâce à sa forêt

Le Gabon, pays d’Afrique centrale dont l’économie a toujours été tributaire du pétrole, explore désormais les frontières de la finance climatique.

Outre ses réserves de pétrole en déclin, le Gabon est doté d’une autre ressource naturelle extraordinaire : 13% de la forêt tropicale du bassin du Congo. Cette forêt tropicale, connue sous le nom de poumons d’Afrique, est plus grande que l’ensemble de l’Alaska, ce qui en fait la deuxième plus grande forêt tropicale au monde après l’Amazonie.

Cette forêt tropicale est la raison pour laquelle le Gabon est l’un des rares séquestrants nets de carbone au monde, ce qui signifie qu’il absorbe plus de carbone qu’il n’en émet. Le gouvernement travaille en étroite collaboration avec des organisations privées pour préserver la forêt tropicale dans une tentative de capitaliser sur sa valeur avec un produit financier révolutionnaire. Ce produit est une obligation dont l’actif sous-jacent est cette forêt, non pas valorisée pour son bois, mais sa capacité à absorber le carbone.

Compensation carbone

Aujourd’hui, à un moment où le changement climatique est devenu indéniablement apparent, de plus en plus d’entreprises et de gouvernements s’engagent à devenir neutres en carbone, voire positifs en carbone. L’African Conservation Development Group (ACDG) est l’une des entreprises qui œuvrent à la préservation et à la commercialisation de la forêt tropicale gabonaise.

Avec leur concession forestière actuelle de 50 ans, l’ACDG pense pouvoir générer le flux de crédits carbone – des permis qui compensent les émissions – dont les entreprises, les gouvernements et les investisseurs étrangers ont besoin pour réduire leur impact environnemental. L’ACDG a été impliqué dans des négociations pour obtenir des contrats avec des entreprises qui compenseraient 3 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre par an depuis plus de 10 ans. Chaque tonne coûterait un minimum de 10 $ et l’ACDG regrouperait le flux de revenus dans une obligation dont le prix est légèrement supérieur à celui de la dette souveraine du Gabon.

En sécurisant la valeur écosystémique de sa forêt tropicale, le Gabon a créé un produit financier radicalement nouveau basé sur l’idée de capital naturel. Le capital naturel fait référence à un nouveau principe économique qui prend en compte le rôle des ressources naturelles dans l’économie en mettant un prix sur les « services écosystémiques », tels que l’absorption du carbone et la régulation climatique réalisées par la forêt gabonaise.

Les marchés du carbone sont régis par un système de plafonnement et d’échange, selon lequel les gouvernements fixent une limite, ou plafonnement, à la quantité de dioxyde de carbone pouvant être émise par une certaine industrie et délivrent un nombre défini de quotas de carbone aux entreprises. Si une entreprise ne peut pas couvrir ses émissions de carbone avec ses quotas, elle doit alors en acheter des supplémentaires auprès d’une entreprise disposant de réserves. Dernièrement, les prix du carbone dans l’UE ont augmenté, ce qui montre que les entreprises sont de plus en plus pressées de trouver des alternatives pour compenser les émissions. Les marchés de capitaux naturels pourraient fournir la solution. Logiquement, le prix d’un titre financier, dont la valeur est liée aux services écosystémiques d’une ressource, augmenterait si la valeur des services sous-jacents augmentait également. La seule façon d’augmenter le capital naturel serait de régénérer l’écosystème. Cela se traduirait par davantage de compensations carbone, au profit des entreprises qui en ont besoin, tout en préservant la biosphère terrestre.

Difficulté d’atteindre les objectifs internationaux

Bien que les marchés des capitaux naturels puissent révolutionner la compensation carbone, des systèmes similaires, comme le plafonnement et l’échange, ont échoué dans le passé. Le plus souvent, les pays et les entreprises sont en retard sur leurs objectifs d’émissions et de neutralité carbone.

Même les accords internationaux sur le climat, comme le protocole de Kyoto et l’accord de Paris, ont eu des difficultés à atteindre leurs objectifs carbone, ce qui retarde la transition vers un avenir durable. Cela représente un obstacle potentiel pour l’obligation d’ACDG, qui pourrait ne pas devenir populaire tant que les pays et les entreprises ne seront pas plus sérieux face au changement climatique.

Les efforts de préservation du Gabon portent déjà leurs fruits. Cette année, le pays a reçu 17 millions de dollars de la Central African Forest Initiative (Cafi), un fonds soutenu par l’ONU, pour réduire la déforestation et accroître les efforts de préservation dans ses forêts tropicales. Il s’agissait du premier paiement d’un contrat de 150 millions de dollars. A travers la Cafi, l’ONU a également validé les systèmes gabonais de suivi de la déforestation et des émissions de carbone, qui, selon le ministre gabonais des Forêts, pourraient ouvrir une nouvelle source de revenus en faisant payer les pays fortement émetteurs de carbone pour la gestion de leurs ressources.

Le Gabon suscite également des réflexions sur une évolution prospective de la discipline économique. L’idée fondamentale en économie – que les humains devraient atteindre une croissance infinie avec des ressources limitées – est en elle-même paradoxale. Cependant, l’appel du Gabon au capital naturel montre que les ressources naturelles ont une valeur au-delà des matériaux qu’elles produisent, ce qui permet d’ancrer la discipline dans une version plus palpable de la réalité. Se projetant au-delà des frontières du Gabon, cette idée pourrait potentiellement devenir le cadre de la politique sur le changement climatique à travers le monde dans un avenir proche.

Publié le 8 novembre 2021 à 17 h 11 min par Rédaction

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