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Le manque d’eau potable, plus mortelle que la guerre ?

Le manque d’eau potable, plus mortelle que la guerre ?

Des milliards d’êtres humains sont, quotidiennement, confrontés à d’importantes difficultés d’accès à l’eau potable. En dépit des progrès réalisés ces dernières années, de trop nombreuses personnes continuent de mourir parce qu’elles ont consommé de l’eau souillée.

 

 « Le manque d’eau potable est beaucoup plus mortel pour les enfants que la guerre » : la phrase, choc, est extraite d’un rapport du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef). Publié en mars 2019, le document, intitulé « Ne laisser personne de côté », dresse un constat accablant des conséquences des difficultés d’accès à l’eau potable dans diverses parties du monde : ainsi, dans la quinzaine de pays en conflit étudiés par l’Unicef, plus de 85 000 enfants de moins de 15 ans meurent en moyenne chaque année des suites de maladies diarrhéiques, contre « seulement » 30 900 à cause des « violences collectives ». À l’échelle mondiale, le manque d’eau potable est donc cruellement plus meurtrier que les conflits armés.

 

Le manque d’eau potable, un fléau mondial

Les populations des pays en guerre ne sont hélas pas les seules à payer un lourd tribut en raison du manque d’eau potable. Sur la seule année 2017, 1,2 million d’individus sont décédés prématurément à cause d’une eau insalubre. Ce qui représente 2,2 % du total des décès enregistrés dans le monde, soit autant de victimes des accidents de la route. Sans surprise, c’est au sein des pays et régions les plus pauvres que le phénomène est le plus dévastateur. Ainsi, on estime que l’eau insalubre est responsable de 6 % des décès dans les pays à faibles revenus, le Tchad, en Afrique, enregistrant à ce titre un peu enviable record mondial, avec 14,45 % des morts mondiaux dus aux eaux souillées.

 

La situation n’est parfois pas plus enviable au sein des pays dits développés. Aux États-Unis, quelque 2 millions d’habitants sont ainsi privés d’accès à l’eau courante ; 15 millions d’autres sont victimes de coupures par leur fournisseur ; 30 millions d’Américains vivent dans des régions ne bénéficiant pas d’un accès à de l’eau sûre ; et 110 millions d’entre eux sont, d’une manière ou d’une autre, exposés à des produits chimiques lorsqu’ils consomment de l’eau du robinet. Les quartiers les plus pauvres des grandes métropoles américaines et les populations non blanches sont, sans surprise là non plus, les plus affectés par ces difficultés d’accès à l’eau potable, qui ne sont que le reflet des inégalités croissantes dans le pays de l’Oncle Sam.

 

L’eau souillée, vectrice de nombreuses maladies

En dépit des progrès réalisés au cours des dernières années — depuis 2010, « le droit à une eau potable propre et de qualité et à des installations sanitaires est un droit de l’homme, indispensable à la pleine jouissance du droit à la vie », selon l’ONU —, plus de 2 milliards de personnes ne bénéficient toujours de cet accès permanent à l’eau potable. Et 4 milliards d’êtres humains, soit les deux tiers de la population mondiale, sont confrontés à de graves pénuries d’eau au moins un mois par an, selon le même rapport de l’UNESCO. À l’heure actuelle, trois personnes sur dix n’ont pas accès à des services en eau potable sécurisés, six sur dix ne bénéficient pas d’installations sanitaires adéquates et une sur neuf est encore contrainte de déféquer à l’air libre.

 

Comme la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 l’a cruellement rappelé, les difficultés d’accès à de l’eau potable de qualité et l’obligation de se contenter d’une eau souillée peuvent entraîner la transmission de pathogènes et de maladies infectieuses graves, comme le choléra, la dysenterie, l’hépatite A ou la typhoïde. En l’absence d’eau courante parfaitement sécurisée, le recours à l’eau potable en bouteille, dont l’innocuité est garantie, s’impose donc souvent comme une solution transitoire permettant de limiter les risques sanitaires. Mais il ne peut en rien se substituer aux efforts, nécessaires, que les gouvernements du monde entier doivent poursuivre pour assurer à leurs populations un accès à l’eau potable de qualité. Il s’agit là d’une urgence sanitaire mondiale.

Publié le 6 octobre 2020 à 9 h 27 min par Rédaction

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