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William Bourdon : des droits de l’Homme à géométrie variable

William Bourdon : des droits de l’Homme à géométrie variable

Le ténor du Barreau de Paris a fait de la défense des droits humains sa spécialité. Pourquoi, dès lors, continue-t-il à défendre la dérive autoritaire du président béninois, Patrice Talon ?

 

« La gloire d’un avocat consiste à gagner de mauvais procès », écrivait en son temps Honoré de Balzac. Pour un certain nombre d’hommes en robe noire, cette maxime est plus que jamais d’actualité ; au risque, parfois, de renier leurs engagements passés. Le ténor du Barreau parisien William Bourdon en sait quelque chose : ce spécialiste du droit pénal, aussi médiatique qu’unanimement reconnu par ses pairs, s’est en effet forgé une solide réputation au sein et hors des prétoires, en endossant, si ce n’est la cause de la veuve et de l’orphelin, l’étendard des droits de l’Homme.

 

Un parcours sans faute au service des droits de l’Homme

 

La carrière de Me Bourdon parle pour lui : en dehors de ses activités d’avocat, il a successivement été, de 1994 à 2000, secrétaire général adjoint puis secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), une organisation non gouvernementale dont l’objectif est, comme son nom l’indique, de concourir au respect des droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme rédigée en 1948. Une institution prestigieuse, regroupant une dizaine d’associations nationales et disposant d’un statut consultatif auprès de l’ONU, de l’Unesco ou encore du Conseil de l’Europe.

 

En 2001, William Bourdon fonde l’association Sherpa, une organisation à but non lucratif se proposant de défendre et protéger les populations victimes de « crimes commis par des opérateurs économiques », en mettant notamment l’accent sur la responsabilité sociale des entreprises. Sherpa rassemble des juristes et avocats et collabore étroitement avec nombre d’organisations issues de la société civile. Me Bourdon présidera l’association pendant plus de quinze ans, avant de passer le relai, en 2018, à Franceline Lepany.

 

Dans les salles d’audience, l’avocat poursuit logiquement son combat en faveur des droits de l’Homme et contre toutes les dictatures. Il défend ainsi successivement SOS Racisme, des opposants au régime chinois ou à celui de Pinochet, mais aussi des contestataires et militants de l’ultra-gauche. C’est notamment lui qui assurera la défense d’Yldune Lévy, la compagne de Julien Coupat, tous deux membres de la mouvance « anarcho-autonome » et suspectés par les services de sécurité français d’avoir participé au sabotage de lignes de TVG, avant d’être définitivement relaxés par la justice. En somme, un parcours sans faute au service d’idéaux qu’à défaut de partager entièrement, on peut, à tout le moins, respecter.

 

 

De la défense de la liberté à celle de l’autoritarisme

 

Oui mais. Par soucis de notoriété, d’exposition médiatique ou, plus prosaïquement, pour se voir accorder de confortables honoraires, comme nombre de ses confrères français, William Bourdon ne rechigne pas à puiser dans le « vivier » de hauts justiciables africains, au premier rang desquels de nombreux chefs d’Etat en disgrâce, pour faire vivre son cabinet. C’est ainsi que l’avocat a récemment défendu un membre de la famille de l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi, ou encore l’homme d’affaires béninois Patrice Talon, depuis élu président de son pays et alors accusé d’empoisonnement sur la personne de l’ancien président du Bénin, Boni Yayi.

 

Problème : depuis son accession au pouvoir en mars 2016, Patrice Talon, élu sur la promesse d’une « rupture » avec la corruption et le népotisme gangrenant son pays, s’enfonce dans une dérive autoritaire. Alors que le Bénin faisait jusqu’à peu figure de véritable modèle démocratique sur le continent africain, sa reprise en main par M. Talon ne laisse d’inquiéter. En témoigne l’organisation des dernières élections législatives, tenues fin avril, et dont tous les partis d’opposition ont été systématiquement écartés.

 

En témoigne également la création d’une inédite Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Une juridiction d’exception, créée de toute pièce en août dernier, qui viole sans aucun conteste la séparation des pouvoirs au Bénin et fait planer le spectre de procès politiques difficilement conciliables avec l’Etat de droit. CRIET dénoncée par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples et dont la création aurait bénéficié des conseils avisés d’un certain… William Bourdon. Quand les droits de l’Homme s’opposent au gain, Me Bourdon a visiblement choisi son camps.

 

 

 

 

Publié le 10 juin 2019 à 10 h 02 min par Rédaction

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