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Le Rwanda n’aime pas les caricatures

Le Rwanda n’aime pas les caricatures

Les caricatures ne sont pas du goût de tout le monde. Au Rwanda, ce n’est pas la religion qui pose problème, mais bien la politique. Une loi promulguée ce jeudi interdit de caricaturer un membre de l’Etat sous peine de prison ferme et d’une amende. Les journalistes dénoncent une censure qui ne dit pas son nom dans un pays dénoncé pour sa dérive autoritaire du pouvoir.

 

Diffamer le président de la République rwandaise pouvait déjà se payer lourdement. Cinq à sept ans de prison assortis d’une amende de plus de 8 000 dollars. De quoi décourager les esprits les plus mutins, mais la loi vient nettement de se durcir. Ainsi, il est désormais interdit d’ « humilier » tout membre du gouvernement ou fonctionnaire. Précisément, le texte adopté assure que « Toute personne qui, verbalement, par des gestes ou par des menaces, dans des textes ou des caricatures, humilie un membre du Parlement, un membre du Cabinet, un officier ou toute autre personne occupant un poste de responsabilité au sein d’un service public […] commet une infraction ». Le texte ne précise pas si les réseaux sociaux sont concernés.

 

Deux ans de prison et mille dollars d’amende sauront rééduquer celles et ceux qui se montrent trop critiques ou ironiques vis-à-vis du pouvoir. Un pouvoir qui s’enferme toujours plus comme l’illustre le doublement des sanctions en cas de caricature d’un haut représentant. Les journalistes rwandais sont vent debout contre une loi qui restreint leur liberté de pensée et d’expression. Des journalistes déjà harcelés par le pouvoir pour certains d’entre eux. L’un est porté disparu tandis que d’autres ont été mis en prison ou obligés de s’exiler afin d’éviter un tel sort.

 

La raideur du pouvoir fait craindre une perte du caractère démocratique rwandais. Le pays est d’ailleurs dans le collimateur d’associations rwandaises et d’ONG étrangères pour sa propension à réduire les libertés depuis plusieurs années. Kigali entend ne pas être associé à une mauvaise image à l’international en mettant en avant ses réussites économiques indéniables. Aucune réaction issue d’un gouvernement étranger n’a été faite pour le moment. Un silence qui s’expliquerait par le fait que Paris soutiendrait la candidature de la ministre rwandaise des Affaires étrangères au poste de Secrétaire générale de la francophonie.

Publié le 1 octobre 2018 à 7 h 36 min par La Rédaction

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