En RDC, élections sur fond de tensions

En RDC, élections sur fond de tensions

Le climat reste tendu et les électeurs s’impatientent huit mois avant le scrutin présidentiel, prévu pour le 23 décembre. L’opposition et la presse restent dans le collimateur du pouvoir.

Alors que Joseph Kabila souhaite le départ des troupes de l’ONU après le renouvellement de la MONUSCO en RDC, les Congolais demeurent méfiants. Ils « manquent de confiance dans le processus électoral [et] critiquent le gouvernement » selon un rapport du Bureau d’études, de recherches et de consulting international (BERCI) et le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New York.

 S’appuyant sur ce rapport, le 8 avril, le Comité Laïc de Coordination demandait à la CENI la suppression du projet de machines à voter, surnommée « machines à tricher » en raison de risques liés à leur mode d’utilisation (tactile). Les électeurs Congolais sont « profondément sceptiques à l’égard de la Commission électorale » pour 69 % d’entre eux et seulement 59 % croient que les élections auront effectivement lieu à la date prévue. Une attitude résultant du report régulier des élections par le gouvernement actuel. Dans ce contexte, le désespoir semble l’emporter : 81 % des Congolais pensent que le pays va dans la mauvaise direction.

« La candidature de Moïse Katumbi est pour nous une question de vie ou de mort »

C’est en ces termes que s’exprime Georges Mawine, président de l’observatoire national de la jeunesse. Il était présent lors du meeting organisé en faveur du mouvement pro-Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga en exil politique depuis 2016. Cemeeting organisé par régime Gabriel Kyungu wa Kumwanza, s’est tenu à huis-clos, en toute discrétion, faute d’autorisation samedi 7 avril dernier. Selon le rapport du BERCI et GEC, Moïse Katumbi est favori avec 78 % d’opinions favorables. Il est suivi d’Eve Bazaïba (72 %) et Félix Tshisekedi (66 %). Moïse Katumbi semble être l’opposant le plus sérieux au régime : 24 % des sondés voteraient pour lui lors des prochaines élections, contre 13 % pour Tshisekedi, 9 % pour Adolphe Muzito et Vital Kamerhe et 6 % pour Kabila.

Quant au président Joseph Kabila, son image est au plus bas dans l’opinion publique : 80 % des Congolais ont une opinion défavorable à l’encontre de celui qui refuse de quitter le pouvoir depuis son terme officiel en décembre 2016. En outre, 74 % des sondés souhaitent la démission de Kabila avant la tenue des élections.

L’opposition et la population sont malmenées. Depuis la fin des accords de la Saint-Sylvestre, plus de dizaine de manifestants ont ainsi trouvé la mort dans des manifestations pacifiques. La presse est également la cible du régime. Dans un communiqué diffusé mercredi 28 mars, l’ONG Journalistes en danger (JED), dénonçait l’incarcération de Serge Olivier Nkongolo, détenu pour « diffamation » contre Timothé Iyambo, conseiller juridique du gouverneur de la province du Kasaï. Dans un article publié sur son compte Facebook, le journaliste dénonçait le comportement de certains agents du gouvernement qui attaquent et menacent la presse. Conscient d’aborder un sujet sensible, le journaliste n’avait cité aucun nom dans son article, mais Timothé Iyambo affirmait s’être reconnu sur une photo accompagnant le texte.

 « Volonté de nuire »

Mais c’est par ses tentatives d’entraver toute opposition politique que le régime Kabila souhaite mettre fin à l’espoir d’une alternance en RDC. Cible favorite de l’appareil étatique congolais, Moïse Katumbi doit désormais défendre son droit à participer au scrutin. Le gouvernement actuel ne lésine pas sur les moyens pour freiner sa propre chute. En effet, la majorité présidentielle l’accuse d’avoir gardé sa nationalité italienne jusqu’en 2017, soit après avoir annoncé son intention de participer à l’élection qui devait avoir lieu en 2016. « Il y a là manifestement une volonté de nuire. Moïse Katumbi est congolais d’origine, sa mère est de lignée royale et il ne souffre d’aucune contestation », s’est exclamé sur RFI Olivier Kamitatu, porte-parole du candidat. Une nouvelle attaque qui s’ajoute à une liste déjà bien longue.

Publié le 24 avril 2018 à 13 h 43 min par Rédaction

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