Démocratie africaine: l’alternance politique est cruciale

Démocratie africaine: l’alternance politique est cruciale

A l’agenda des préoccupations lors du 30e sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu le 28 et 29 janvier dernier, la situation critique du Soudan du Sud, du Mali et de la RDC. Notamment, l’acharnement politique de Joseph Kabila en RDC plonge le pays dans un climat de violence. Pourtant, des signes encourageants en faveur de plus de démocratie en Afrique sont visibles.

 

La démocratie est ardemment désirée en Afrique. Depuis quelques années, entre 2015 et 2016, par exemple, « sur 10 élections présidentielles, 5 des sortants […] ont perdu directement (Ghana, Gambie, Nigeria) ou non (Bénin) ou par abandon (Cap-Vert) » alors que les scrutins étaient « pourtant organisées par eux-mêmes » expliquait le chercheur Mathias Hounkpe en décembre dernier. Une « véritable révolution puisqu’entre 1990 et 2014, seuls 3 sortants ont perdu les élections ».

Pour pousser plus loin le processus démocratique, des pays africains tentent la carte de la transparence. La Côte d’Ivoire par exemple, s’est engagée en Janvier 2018 à plus de transparence, en élargissant le champs des assujettis à l’obligation de déclaration de patrimoine. Le 10 septembre dernier, le président de la Côte d’ivoire, Alassane Ouattara, déclarait lors d’un rassemblement politique « que l’alternance est inévitable en Afrique et en Afrique de l’Ouest ». Des propos qui faisaient écho à la situation d’alors au Togo, où la population, depuis août dernier, descendait toutes les semaines dans la rue pour demander la limitation du nombre de mandats présidentiels et, accessoirement, plus de démocratie. Des requêtes très souvent entendues, ces derniers temps, dans les rues de Kinshasa et, globalement, dans toute la RDC.

 

La démocratie à bout de souffle en RDC

 

La démocratie ce n’est pas la foire”, pour J.Kabila, actuel président en République démocratique du Congo. Joseph Kabila dit vouloir “recadrer” le droit de manifester – ou plutôt interdire les mouvements d’opposition. Jusqu’où s’enfoncera la République démocratique du Congo (RDC) ? Joseph Kabila, arrivé au pouvoir il y a 17 ans, refuse d’organiser des élections présidentielle et législatives. Son refus va jusqu’à réprimer – parfois dans le sang – les manifestations d’opposition. Son principal opposant, Moïse Katumbi, en exil politique, soutient les organisations catholiques et laïques. Il est considéré comme étant le successeur le plus probable de Kabila. Récemment, Katumbi avait d’ailleurs fait l’objet de rumeur faisant état de dissensions au sein du parti de Katumbi “Rassemblement”. Rumeurs aussitôt démenties.

En RDC, les mouvements d’opposition appellent régulièrement les citoyens de Kinshasa à marcher pour réclamer une alternance politique essentielle. Bilan : plusieurs morts après des échauffourées avec les forces de l’ordre lors de la dernière marche le 22 janvier dernier.

Le 26 janvier, Kabila a tenté de “rassurer” la population. Or, ses propos laissent planer quelques doutes sur la liberté de la presse et de manifester. Peu de temps avant, la Libre Afrique révélait que l’Agence nationale de renseignement (ANR) avait organisé le 28 décembre un “mini conseil de sécurité”. L’objectif du patron de l’ANR était de préparer un faux coup d’état pour permettre au gouvernement de recourir à la force.

 

L’alternance, un défi

 

Outre la situation politique générale, à l’arrêt, certaines régions de la RDC sont aujourd’hui gangrenées par les conflits entre milices locales et troupes gouvernementales. D’autres sont en proie à une crise humanitaire sérieuse. C’est le constat alarmant qu’a dressé le Parlement européen, le 17 janvier dernier, dans sa proposition de résolution commune sur la situation en RDC. Les députés européens notent « qu’un an après la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre le 31 décembre 2016, la situation générale [dans le pays] continue de se détériorer dans [son] ensemble ». Le constat est le même du côté de l’UA qui estime que les  « tensions et les violences de ces derniers jours ont souligné l’urgence de la mise en oeuvre de l’Accord de la Saint-Sylvestre, en vue de la tenue des élections en décembre 2018 » a déclaré Moussa Faki à la Tribune de l’UA ce lundi 29 Janvier.

L’Histoire se répète-t-elle ? A l’origine, l’accord de la Saint-Sylvestre en 2016 prévoyait la tenue d’élections en 2017. L’opposition politique devait participer à la gestion du pays en attendant les scrutins. Il n’en fut rien. A la place, observaient les parlementaires européens dans leur résolution, la RDC est « marqué[e] par une répression violente, des meurtres et de multiples violations des droits de l’Homme ». Selon eux, « l’année 2017 a [d’ailleurs] été l’une des années les plus violentes dans l’histoire récente de la République démocratique du Congo » en raison du maintien au pouvoir de M. Kabila.

Cette résolution, fait directement écho au cri d’alerte lancé par les Nations unies (ONU) l’été dernier. L’organisation internationale s’inquiétait déjà d’un éventuel « processus de purification ethnique » dans la région du Kasaï, où « des affrontements armés se poursuivent entre l’armée congolaise et les milices locales ». Une situation qui « a entraîné une grave crise humanitaire ».

 

Mobilisations

 

 Les Congolais sont déterminés à bousculer l’inertie ambiante et grave, ils n’hésitent pas à s’opposer frontalement au pouvoir. En participant à des marches de protestation, par exemple, comme c’était le cas le 22 janvier, à l’appel du Comité laïc de coordination, alors que le régime de M. Kabila avait émis des mandats d’arrêts contre plusieurs de ses membres. Les responsables de l’opposition, dont fait parti Moïse Katumbi – pressenti pour succéder à l’actuel chef de l’Etat – appellent régulièrement à manifester de manière pacifique. Ceci afin de mettre une pression constante sur le pouvoir.

La contestation s’est même déportée au-delà des frontières nationales. En Afrique du Sud, où résident de nombreux Congolais, certains d’entre eux ont décidé de se rassembler pour répondre à la répression orchestrée par le régime lors des précédentes manifestations. « Bien que nous soyons en-dehors du pays, on reste toujours congolais et nombre de nos familles sont toujours là-bas, et ce sont elle qui sont en train de subir cette oppression, cette dictature de Kabila » affirmait à RFI il y a quelques jours le père Jean-Marie Kuzituka, de la paroisse Saint-François à Johannesburg.

Publié le 2 février 2018 à 18 h 18 min par Rédaction

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