RDC : Human Rights Watch dénonce le recrutement de rebelles du M23 par Joseph Kabila

RDC : Human Rights Watch dénonce le recrutement de rebelles du M23 par Joseph Kabila

Alors que la crise politique en RDC s’aggrave, l’ONG Human Rights Watch révèle que le régime du président hors-mandat Joseph Kabila a recruté plus de 200 anciens rebelles du M23 pour réprimer dans la violence les manifestants de l’opposition. Cette dernière, principalement incarnée par l’homme d’affaire Moïse Katumbi, appelle depuis longtemps à la tenue des élections présidentielles comme prévues par l’accord de la Saint-Sylvestre.

Dans un rapport publié le 4 décembre, l’ONG Human Rights Watch (HRW) accuse le régime du président congolais Joseph Kabila d’avoir fait appel à au moins 200 ex-combattants exilés au Rwanda et en Ouganda. Des officiers supérieurs des forces de sécurité congolaises auraient ainsi recruté clandestinement d’anciens combattants rebelles du M23 (Mouvement du 23-Mars). Ces derniers ont participé à la répression violente des manifestations contre le maintien du dirigeant au pouvoir organisées par l’opposition les 19 et 20 décembre 2016, à Kinshasa – capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Ce rapport de 78 pages intitulé « Mission spéciale : Recrutement de rebelles du M23 pour réprimer les manifestations en République démocratique du Congo » décrit les violences perpétrées par les forces de sécurité congolaises ainsi que les ex-M23. Pour rappel, ce groupe de soldats mutins avait été très actifs dans les régions du Kivu (à l’est du pays) où ils avaient notamment occupé Goma fin 2012, mettant en déroute l’armée régulière. Le mouvement insurgé avait finalement rendu les armes en novembre 2013 après une intervention conjointe de l’armée congolaise et des forces onusiennes. 1 600 membres du M23 se sont alors rendues aux autorités ougandaises et rwandaises voisines.

 

Violences et répressions contre les manifestants

 

HRW renseigne qu’une fois en RDC, les recrues du M23 ont été déployées dans la capitale Kinshasa et dans les villes de Goma et Lubumbashi, où ils « ont reçu des uniformes neufs et des armes et ont été intégrés dans la police, l’armée et des unités de la Garde républicaine ». Ils auraient été spécifiquement rapatriés pour prendre part à la répression contre la mobilisation nationale de l’opposition les 19-20 septembre 2016. Ces deux journées de violences contre des civils ont causé au moins 62 morts et mené à des centaines d’arrestations. Et pour cause, d’après le rapport de HRW, les consignes étaient claires : « On leur a demandé d’utiliser tous les moyens disponibles pour réprimer les manifestations, protéger le président »

En RDC, un impressionnant dispositif policier.

Certains rebelles du MR23 auraient été habillés en policiers par le régime.

Même son de cloche auprès des miliciens : le M23 confirme des recrutements. « De nombreux combattants du M23 ont été déployés pour faire la guerre à ceux qui voulaient menacer le maintien au pouvoir de Kabila (…) Beaucoup nous ont expliqué qu’ils étaient fatigués de vivre dans les camps et ont été reconnaissants de l’opportunité de rentrer en RD Congo et d’être rémunérés », dit le rapport. « Nous avons reçu l’ordre de tirer immédiatement à la moindre provocation des civils » y compris à « bout portant » si nécessaire. « Les officiers congolais ont renvoyé les combattants du M23 recrutés en Ouganda et au Rwanda à la fin du mois de décembre 2016 et au début du mois de janvier 2017 », poursuit le rapport de HRW.

 

Le constat est le même pour la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui a assuré un « monitoring » des différentes manifestations tenues entre avril et octobre 2017. La Cenaco fait état d’au moins « 56 morts entre avril et octobre dont 52 par balle ». Les évêques ont également recensé « au moins 105 blessés, dont 87 par balle » et « au moins 355 cas d’arrestations de manifestants. » Là aussi, la responsabilité incombe au régime : « L’usage disproportionné de la force par la police et les autres services spécialisés de l’Etat est à la base d’au moins 98,67% de cas de violation des droits humains, alors que les manifestants sont responsables des actes de vandalisme (pour) 1,33% (des cas). »

Sur le Web également, et malgré les tentatives de censure du régime, les images de ces violences commises à Kinshasa ont fuité, dont certaines, insoutenables.

Sous Kabila, la RDC s’est enfoncée dans une grave crise politique. / Source: Whatsapp

 

Sous Kabila, la RDC s’est enfoncée dans la crise

La situation sécuritaire en RDC s’est détériorée ces dernières années, que le 27 avril dernier, deux enquêteurs de l’ONU ont été tués dans le Kasaï – la suédoise Zaida Catalan et l’américain Michael Sharp. La justice suédoise a depuis regretté « l’absence de coopération » du gouvernement congolais, et les proches de la victime, mis au fait des avancées de l’enquête se sont dits « inquiets de voir que la justice suédoise ne peut exclure une participation de l’Etat congolais dans ces meurtres. »

Cette révélation vient s’ajouter à une liste grandissante de remontrances contre le régime de Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 et élu en 2006 puis 2011. Ce dernier refuse en effet de passer la main depuis deux ans et fait tout pour écarter ses opposants du pouvoir. Principale figure de l’opposition, l’homme d’affaires et ancien gouverneur Moïse Katumbi appelle pourtant au calme et aux démonstrations pacifiques, une posture d’apaisement qui lui vaut le respect de la communauté internationale. Soutenue par une galaxie d’associations et de partis politiques comme le G7, la Société civile ou encore des figures médiatiques comme Sindika Dokolo, le gendre de l’ancien président angolais, la candidature de M. Katumbi est prise très au sérieux par Joseph Kabila qui semble en avoir fait sa bête noire.

Ainsi, alors même que les joueurs du TP Mazembe, le club de football de Katumbi, étaient sacrés vainqueurs de la CAF, il semblerait que l’administration du régime avait tout fait pour retarder leur retour à Kinsha, et ce afin de « décourager les milliers de personnes qui ont prévu de faire un accueil triomphal aux joueurs de Katumbi».

Publié le 8 décembre 2017 à 2 h 57 min par Rédaction

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