Congo-Brazzaville : fin de garde à vue pour Ludovic Essou, l’avocat du colonel Marcel Ntsourou

Congo-Brazzaville : fin de garde à vue pour Ludovic Essou, l’avocat du colonel Marcel Ntsourou

L’avocat congolais Maître Ludovic Essou a été entendu par la police dans le cadre de l’affaire Marcel Ntsourou. Après la mort du colonel putschiste à l’hôpital militaire de Brazzaville, le magistrat, qui était le dernier visiteur du défunt, avait été placé en garde en qualité de témoin. Sa remise en liberté signe la fin d’un mouvement de protestation qui avait touché les barreaux de Pointe Noire et de la capitale congolaise. Une clameur qui, si elle témoigne de la vivacité de la démocratie congolaise, s’explique difficilement.

 

La fin du mois de février a été agitée à Brazzaville. Si, l’an dernier, le pays est passé par de grandes étapes politiques dans le calme (élection présidentielle, réforme constitutionnelle), le décès d’un colonel, ancien proche du président Denis Sassou Nguesso passé dans l’opposition, est à l’origine d’une certaine tension. Marcel Ntsourou, qui a longtemps été le numéro deux du Conseil national de sécurité (services de renseignement congolais), purgeait une peine de prison à vie après une tentative de putsch. Il a été incarcéré en 2014 pour « rébellion, détention illégale d’armes de guerre et de munitions, assassinat, coups et blessures volontaires et association de malfaiteurs » par la cour criminelle de la capitale congolaise.

 

Ce dernier a été transféré en urgence vendredi 17 février à l’hôpital central des armées de Brazzaville après avoir perdu connaissance dans la cellule qu’il partageait avec son neveu. A son arrivée à l’hôpital militaire, son décès d’un « arrêt cardio-respiratoire » a été constaté par l’équipe médicale. La haine publique que ce dernier vouait au président n’a pas été sans susciter des suspicions autour de ce décès soudain. Une théorie du complot pourtant rapidement invalidée par les faits.

 

Dans une conférence de presse datant du 22 février, le ministre de la Communication et des Médias, Thierry Moungalla, a donné des détails sur les évènements ayant conduit à la mort du militaire incarcéré. De quoi faire taire les rumeurs. Cependant, une fois les soupçons écartés, cette affaire a pris un nouveau tournant. Le lendemain du décès, Maitre Ludovic Essou, avocat du colonel, est arrêté par la police congolaise et placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte par le procureur de la République de Brazzaville, André Oko Ngakala. Une nouvelle qui provoque une véritable levée de boucliers parmi ses confrères, qui dénoncent une obstruction de leur profession d’avocat.

 

Les avocats s’indignent contre une violation de procédure, puisque maître Ludovic Désiré Essou a été interpellé hors présence du bâtonnier ou du procureur général près de la Cour d’appel de Brazzaville, comme le veut la procédure. Peu après cette nouvelle, le barreau de Brazzaville se met en grève pour 72h pour dénoncer cette interpellation. Maître Amédée Nganga parlent d’interrogations « superfétatoires qui s’apparentent à du divertissement ». La protestation gagne même le barreau de Pointe Noire – capitale économique du pays et bastion de l’opposition – où les avocats annoncent une suspension d’activité à durée indéterminée auprès des cours et tribunaux.

 

Face à cet emballement, Thierry Moungalla entend calmer le jeu : « J’appelle l’ordre des avocats au calme et à revenir à la sérénité. Je les invite à reprendre leur sang-froid, à redésigner le bâtonnier, à se rapprocher des officiers qui enquêtent sur la mort en détention du colonel Marcel Ntsourou pour apaiser la situation. Ce n’est pas l’exercice de leur profession qui est en jeu ou qui est entravé ». Le ministre rappelle en effet que Me Essou était présent dans la cellule « quelques minutes avant le malaise fatal », et que c’est à cette fin qu’il est entendu. Ce n’est pas ici l’avocat mais le citoyen qui intéressait la justice, d’où le non-recours au bâtonnier.

 

« Au moment où il va voir M Ntsourou dans sa cellule, il n’est pas son avocat. Existe-il une affaire pendante devant la justice ou une instruction en cours concernant M Ntsourou ? Non. Il a été définitivement condamné. Il n’y a donc plus entre eux une relation d’avocat à client. » Dès lors, Désiré Essou « est considéré comme témoin pour avoir vu [le colonel] vivant » – il s’agit de fait de la dernière personne de l’extérieure à lui avoir rendu visite dans sa cellule avant son décès. « L’avocat était plutôt parti voir son client actuel, qui est le général Jean Marie Michel Mokoko », a précisé Moungalla, ajoutant : « on ne comprend pas pourquoi il s’est retrouvé dans la cellule du colonel Tsourou ». D’où son interrogation par les forces de police.

 

L’argument semble convaincre. Le Journal de Brazza indiquait ce lundi 27 février que le mouvement du barreau de la capitale ne serait pas reconduit. Le quotidien ajoutait que les avocats de Pointe Noire « devraient aussi lever leur grève ». Maître Essou, quant à lui, a été libéré vendredi 24 février. Et ce « parce qu’il n’y a pas eu d’autopsie qui prouverait qu’il y a eu assassinat », explique une source judiciaire proche du dossier. S’il n’y a pas eu d’autopsie, confie cette même source, « c’est parce que le conseil de famille s’y oppose et a signé un procès-verbal dans ce sens ».

Publié le 1 mars 2017 à 15 h 38 min par Rédaction

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