La Cemac est-elle en voie d’implosion ?

La Cemac est-elle en voie d’implosion ?

Le sommet de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) du 23 décembre 2016 a visiblement laissé des traces entre des Etats qui n’envisagent pas leur avenir d’une manière identique. Pays le plus fort économiquement et qui résiste le mieux à la crise secouant la sous-région, le Cameroun joue une partition plutôt singulière au risque, à terme, de créer de graves dissensions entre les membres de la CEMAC.

 

Organisé sous l’égide du Cameroun et de son président Paul Biya, le sommet CEMAC du 23 décembre 2016 a entériné les différences de points de vue entre le pays hôte et ses partenaires régionaux. Fondée en 1964, la Cemac vise à l’intégration régionale et la libre circulation des biens et des personnes. Pour l’économiste camerounais Hubert Kamga, depuis cette date le « bilan est négatif ». Il précise dans une interview donnée à Cameroun-Info qu’« en dehors des pays dont les marchandises passent par le Cameroun, les autres ayant une ouverture sur la mer continuent d’exiger le visa notamment le Gabon et la Guinée Équatoriale. Il n’y a aucun projet commun à part le fait que la France les a pris dans la camisole de force de la BEAC. Les leçons à tirer : rompre et dénoncer les conventions de la CEMAC et de la BEAC qui, en réalité, nous lient à la France ». Deux sujets reviennent sans cesse dans les discussions. Le rôle du Cameroun au sein de la Cemac et celui de la France.

 

Le Cameroun s’attire l’ire de ses voisins depuis qu’il entend jouer sa propre musique. Yaoundé a signé un accord de partenariat économique avec l’Union européenne entré en vigueur en août 2016. Ce même accord avait été rejeté par les cinq autres membres de la Cemac et le Cameroun perçu comme traître à la cause de la sous-région. Les frictions se multiplient sur des points importants notamment sur la monnaie. Le président tchadien estime que le franc CFA doit être dévalué pour laisser respirer des économies en souffrance depuis la chute des prix du pétrole. Mais son homologue camerounais ne l’entend pas de cette oreille et à en croire son discours très offensif, la situation économique n’est pas préoccupante. Cela est en partie vrai pour le Cameroun mais en aucun cas pour des pays tributaires des hydrocarbures comme le Tchad ou la Guinée équatoriale. Derrière la question monétaire, c’est bien le rôle de la France qui est discuté car le franc CFA est considéré par de nombreux économistes et politiques comme un moyen très efficace pour le France de garder un contrôle certain sur l’ensemble de la sous-région. Les débats ne font que commencer et pourraient se conclure à terme par un détricotage de la Cemac.

Publié le 7 janvier 2017 à 10 h 00 min par La Rédaction

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