Tchad : après le débat présidentiel, le temps de l’action économique

Tchad : après le débat présidentiel, le temps de l’action économique

 

Le Conseil constitutionnel tchadien a confirmé la réélection du chef de l’Etat Idriss Deby Itno. Les résultats officiels avaient été contestés par un groupe de candidats d’opposition. Si son score a été légèrement revu à la baisse, le président sortant n’en demeure pas moins réélu dès le premier tour. Après l’inévitable débat politique qui a accompagné ce vote, il s’agit maintenant de passer aux actions économiques, qui assureront l’émergence du pays et le renforcement de la démocratie.

 

Idriss Deby Itno a obtenu 59,92% des voix – contre 61,56% avant vérification. Il est suivi par le chef de file de l’opposition Saleh Kebzabo (12,77% des suffrages) et de Laoukein Kourayo Médard (10,61%), le maire de la capitale économique Moundou, selon les résultats proclamés par le Conseil. Dans le même temps, le Conseil a écarté la demande d’annulation du scrutin introduite par un recours collectif des candidats Saleh Kebzabo, Joseph Djimrangar Dadnadji, Mahamat Ahmat Alhabo, Laoukein Kourayo Médard, Brice Guedmbaye Mbaimona et Gali Ngothé Gatta.

 

Ce résultat, on s’en doute, a été accueilli favorablement par le camp du président. Son porte-parole, Mahamat Hissein s’est dit satisfait : « Idriss Deby a reculé en pourcentage. Mais en nombre de voix, il a plutôt amélioré son score ». Un avis qui n’est bien sûr par partagé par l’opposition qui parle de « holp-up électoral. » Et si ce type de dichotomie est tristement fréquent en Afrique aujourd’hui, la confirmation du résultat – et de la victoire de Déby – doit encourager chacun à sortir du clivage partisan stérile, pour œuvrer au développement du pays, qui en a grand besoin.

 

A cet égard, les premières annonces du président fraîchement réélu doivent avoir toute notre attention, tant il est vrai que le Tchad a besoin d’une gestion exemplaire pour sortir de la crise multifacette dans laquelle il se trouve. Comme à chaque scrutin, le débat politique s’ouvre quelques mois avant la présidentielle, et est très vite clos par la suite. Et souvent le débat économique reste au second plan. Pourtant, aujourd’hui, en Afrique – et tout particulièrement au Tchad, l’un des dix pays les plus pauvres du monde – c’est bien l’économie qui est le nerf de la guerre. « La plupart des pays africains oublient en chemin la démocratie économique et se contente de raisonner sur les idées politiques. Un dicton populaire ne dit-il pas que « ventre affamé n’a point d’oreille » ? La démocratie économique permet aussi de réfléchir sur le mode de gouvernance économique de l’État », soulignait à ce propos justement Lucien Pambou, professeur de sciences économiques et politiques dans une tribune publiée sur Jeune Afrique.

 

Trop souvent le parti ou le nom du candidat obnubile les électeurs, alors que plus que les hommes qui concourent, il faut observer la mission qu’ils doivent accomplir. Par une approche transversale, le continent gagnerait à sortir du débat politique, et consolider son programme d’émergence. Et cela est d’autant plus crucial dans ses pays les plus fragiles. Et force est de constater qu’au Tchad, tant reste à faire : le pays, largement agricole, est sévèrement menacé par la désertification de son territoire (le désert avance d’1 kilomètre par an, le lac Tchad est passé de de 25 000 km2 à 1 350 km2 en 50 ans, mettant à mal tout le secteur de la pêcherie traditionnelle de la région), il est confronté à la menace de Boko Haram, et son développement va être sensiblement impacté par la chute libre du prix du baril de pétrole, alors que les recettes de l’État ont baissé de 37 % entre 2014 et 2015. La production agricole a souffert des faibles précipitations, tandis que les secteurs des services et de la construction ont ressenti les effets de la détérioration du contexte sécuritaire.

 

Malgré les progrès enregistrés en matière de scolarisation et d’accès à l’eau potable, de nombreux Tchadiens souffrent toujours de graves privations et la plupart des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) n’ont pas été atteints en 2015. Entre 2003 et 2011, le Tchad a enregistré des progrès modérés mais significatifs sur le plan de la réduction générale de la pauvreté, avec un taux de pauvreté national qui a baissé de 55 à 47 %. A ce titre, il faut saluer les efforts consentis par Déby lors de ses précédents mandants pour réinvestir les bénéfices pétroliers dans des secteurs qui seront porteurs pour le pays – il s’est par exemple illustré par son choix d’un développement durable. Conscient de la fragilité d’une économie qui s’assied sur la rente hydrocarbure, il a très tôt investi dans les parcs éoliens et photovoltaïques sur son territoire, afin de tirer profit du climat. Ainsi, 30 000 foyers ont reçu une alimentation 100% verte en 2013, et le projet continue à ce jour.

 

En plus de sa lutte contre la pétro-dépendance, Déby a fait le choix d’une libéralisation poussée de son économie afin de rendre le pays attractif pour les investisseurs et de favoriser les initiatives nationales. Il a également lancé d’ambitieux projets de lutte contre la corruption, qui empêche une redistribution juste des richesses créées. De fait, la population est victime de détournements et de pillages quotidiens. L’opération Cobra, initiée en 2012 a par exemple permis de recouvrer 25 milliards de francs CFA et de démonter nombre de réseaux malhonnêtes. Lucien Pambou nous rappelait « qu’en Afrique les priorités sont nombreuses et quatre d’entre elles semblent sortir du lot : la lutte contre la pauvreté, l’emploi, les systèmes éducatif et de santé. » Quatre priorités que le gouvernement a su jusqu’à maintenant identifier. « Il faut introduire une dose très forte du travail économique dans le champ politique. C’est à ce prix que la démocratie politique deviendra un élément de référence et favorisera l’alternance apaisée en Afrique », conclut-il. La route est encore longue avant que le Tchad n’émerge, mais les Tchadiens semblent sur la bonne voie.

Publié le 13 mai 2016 à 18 h 10 min par Rédaction

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