Désenclavement et décentralisation : les nouveaux leviers du développement en Afrique

Désenclavement et décentralisation : les nouveaux leviers du développement en Afrique

En Afrique, l’expansion urbaine a conduit à l’explosion des inégalités territoriales entre hypercentres et ruralités. Plusieurs pays ont décidé d’agir en faveur du désenclavement des territoires reculés et de la décentralisation pour booster le développement économique des zones enclavées et, surtout, assurer une meilleure cohésion sociale.

Lutter contre les inégalités spatiales

La mauvaise conception ou mise en œuvre de politiques publiques de développement territorial peuvent avoir pour effet d’aggraver les inégalités entre territoires. Le biais du pouvoir central joue souvent un rôle déterminant dans le choix des priorités et l’allocation des ressources. Une étude réalisée en 2014 sur 126 pays (dont 44 en Afrique) démontre que la région d’origine d’un dirigeant en poste émet plus de lumière la nuit que le reste du pays. La Banque africaine de développement a quant à elle établi que les disparités territoriales en Tunisie, exacerbées par les pouvoirs publics ont eu un rôle direct dans le déclenchement du Printemps arabe.

Plusieurs pays luttent contre cette tendance en menant des politiques d’inclusion spatiale et de désenclavement. Les corridors de transport favorisent la création d’un tissu industriel et social autour des infrastructures de transport, à l’image du corridor Abidjan-Ouagadougou, ou du corridor de Maputo entre l’Afrique du Sud et le Mozambique. Des axes intérieurs peuvent également voir le jour. Le Tchad, par exemple, a investi dans la création de deux grands axes pour relier les deux régions les plus peuplées du pays, Moundou et Abéché, à la capitale, N’Djamena. Le déplacement ou la création de nouvelles villes ou de régions permettent de soulager les métropoles. L’Égypte a créé plus de 20 villes depuis 1974 pour désengorger sa capitale. Plusieurs autres politiques ciblées spatialement sont possibles. La stratégie de développement territorial du Ghana, par exemple, est passée par la création de l’Office de développement accéléré des savanes pour transformer la zone des savanes du nord où 80 % de la population est pauvre.

Mali : décentraliser pour mieux gouverner

En parallèle d’une politique de désenclavement, certains États ont amorcé un tournant vers la décentralisation, c’est-à-dire un transfert de compétences du pouvoir centralisé vers les collectivités territoriales. Ce processus est notamment à l’œuvre dans les pays de la sous-région de l’Afrique de l’Ouest, mais on a pu y constater des différences de méthodes. Le calendrier, en particulier, varie. Les réformes institutionnelles ont pu intervenir rapidement (c’est le cas au Burkina-Faso, Mali, Sénégal, Tchad), comme elles ont pu s’étaler sur plusieurs années (Bénin, Cameroun, Niger, Congo).

Au Mali, par exemple, la jeune république démocratique qui fait suite au renversement du régime de Moussa Traoré le 26 mars 1991 inscrit d’emblée la décentralisation dans sa Constitution. Réponse à l’échec du pouvoir central, coupure avec l’héritage institutionnel colonial, retour aux chefferies traditionnelles : la décentralisation est symboliquement chargée. Elle permet surtout d’être plus proche des considérations quotidiennes des citoyens et de répondre de manière plus adaptée aux conditions économiques souvent difficiles, a fortiori dans les milieux ruraux reculés.

Tchad : le désenclavement, priorité du gouvernement d’Idriss Déby

Au Tchad, la création d’un Etat unitaire fortement décentralisé a été décidée dès la Conférence nationale souveraine de 1993. Sa mise en œuvre concrète a débuté avec la Constitution du 31 mars 1996 qui prévoit la création de quatre niveaux de collectivités territoriales décentralisées : régions, départements, communes et communautés rurales. Depuis lors, le processus de décentralisation s’est poursuivi jusqu’à être pleinement consacré lors des élections locales de 2012 puis 2014. « La politique de décentralisation au Tchad fait partie intégrante du projet de société impulsé par Idriss Déby Itno, président de la République, chef de l’Etat dans son programme politique. Ce projet de société qui a pour objectif de traduire dans les faits les aspirations profondes des citoyens au bien-être et à une vie meilleure demeure la priorité des priorités du gouvernement », affirmait M. Yokabdjim Mandigui, ministre tchadien de l’Aménagement du territoire, de la Décentralisation et des Libertés locales.

Conduite grâce au soutien du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement), la décentralisation de l’État tchadien fait aujourd’hui figure d’acquis démocratique dans le pays. « La détermination du gouvernement à concrétiser la décentralisation a été, à un moment, diversement appréciée. Aujourd’hui, elle devient une réalité vivante. Les premières élections locales du 22 janvier 2012 en sont la preuve », déclare M. Testuo Kondo, directeur pays du PNUD au Tchad. Ou comment la décentralisation et le désenclavement peuvent être synonymes d’empowerment réussi pour les populations.

Gérard Lafont

Publié le 30 mars 2016 à 9 h 53 min par Marc Lallemand

Commentaire

  1. A
    Tous les presidents SVP renforcé les industries.

    Djidda Djimy Amine

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