L’Union européenne suspend son aide financière au Burundi

L’Union européenne suspend son aide financière au Burundi

Le chaos qui règne au Burundi ne laisse personne indifférent. L’Union européenne appuie depuis des mois un accord politique salutaire, mais peu d’avancées concrètes peuvent être dénombrées. Afin de mettre le gouvernement burundais dans une position où il négociera plus facilement, l’Union européenne a décidé de suspendre l’aide financière versée à l’Etat. Une mesure lourde de sens pour un pays dont le budget est alimenté à hauteur de 20 % par les fonds européens.

 

Après la Belgique, les Pays-Bas et les Etats-Unis, c’est au tour de l’UE de suspendre son aide financière accordée au Burundi. Annoncée le lundi 14 mars, cette décision vise clairement à amener les autorités à se montrer plus souples dans la volonté de négocier avec les opposants. Les atrocités se succèdent en effet et la situation n’a fait que s’empirer depuis avril 2015. Le chaos social est indescriptible et les finances du pays sont catastrophiques. En supprimant l’aide aux autorités, l’Etat va devoir faire face à un trou de 20 % dans son budget.

 

L’Union européenne a toutefois souligné que les millions (430 pour la période 2015-2020) manquants seront distribués par des canaux plus directs à la population. Elle ne sera donc pas pénalisée par une mesure politique qui vise les autorités. Cette décision se fonde sur l’article 96 des accords de Cotonou (texte qui régit la coopération). Le semblant de dialogue entamé il y a trois mois n’a donc pas été suffisant pour convaincre les 28 ministres des Affaires étrangère de l’UE. « La situation au Burundi reste très préoccupante pour l’UE, bien que nous ayons récemment entrevu quelques lueurs d’espoir (…) Pour que nos relations reprennent totalement, nous attendons qu’un certain nombre de mesures concrètes soient mises en œuvre » a déclaré la Commissaire européenne Frederica Mogherini.

 

De son côté, le gouvernement burundais veut prouver sa bonne foi. Le ministre burundais des Relations extérieures, Alain-Aimé Nyamitwe a déclaré au téléphone que « le gouvernement du Burundi n’a pas été surpris par cette décision. On s’y attendait, même si elle est prise après une série de mesures qui redressaient la situation dans les domaines des droits de l’Homme et sécuritaire ». La pression est dans le camp du pouvoir et les autorités s’exposent à de nouvelles difficultés si d’autres pays suspendent leur coopération financière bilatérale. De plus, des sanctions pourraient viser des proches du président pour accentuer la pression. L’arsenal de l’Union européenne n’est pas encore vide et au regard de la situation sur le terrain, il est probable que les autorités burundaises se plient aux exigences de la communauté internationale. Ceci est une question de temps, et le temps s’égraine malheureusement au fil des morts.

Publié le 16 mars 2016 à 8 h 58 min par Jean-Yves Denis

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