Bataille de communication autour de la découverte d’une fosse commune

Bataille de communication autour de la découverte d’une fosse commune

Alors que trois experts mandatés par l’ONU sont arrivés dans la capitale du Burundi le 1er mars, la découverte d’une fosse commune dans cette même ville est l’objet d’une nouvelle bataille (de communication, cette fois) entre le pouvoir et l’opposition. Les autorités ont rapidement déclaré que les victimes, au nombre de trente selon un témoignage, sont des soutiens du régime. L’opposition crie à la manipulation.

 

Depuis les premiers troubles d’avril 2015 qui ont suivi l’annonce d’un troisième mandat pour le président Pierre Nkurunziza, la tension à Bujumbura n’a pas cesser d’augmenter jusqu’à dégénérer en une véritable guerre civile. Et comme trop souvent, ce type de conflit apporte son lot d’horreurs qui ne font qu’alimenter la haine et rendent la réconciliation plus difficile. Dernier épisode macabre en date, la découverte d’une fosse commune dans un quartier insurrectionnel de Bujumbura. Les protagonistes s’opposent à cette occasion sur l’identité des auteurs du meurtre de trois à trente personnes.

 

Découverte le 29 février dernier par les forces de l’ordre, une fosse commune située dans le quartier de Mukatura (Bujumbura) qui est en proie à la contestation du régime a rapidement été relayée par les autorités. Ils s’agiraient selon elles d’un charnier dont est responsable l’opposition. Le maire de Bujumbura – qui est désigné par le président de la République et non pas élu – a été le plus prompt à communiquer en affirmant que des membres de l’opposition « ont enterré des personnes tuées parce qu’elles soutenaient le troisième mandat [du président Nkurunziza], des Imbonerakure [la ligue des jeunes du parti au pouvoir que l’ONU a qualifiée de milice] ou encore des habitants du coin qui refusaient de contribuer à l’insurrection (…) Un des tueurs arrêtés (…) nous a assuré qu’il y avait au total une trentaine de corps inhumés dans cette fosse », a poursuivi l’édile.
L’accusation est extrêmement grave et n’a pas tardé à faire réagir l’opposition ainsi que des ONG qui mettent en doute une version quasi officielle où les zones d’ombre sont nombreuses. Le nombre de morts – entre trois et trente – est l’une des premières questions soulevées par l’annonce de la découverte de la fosse. Des ONG sous le feu des critiques de la part du pouvoir. Le maire de Bujumbura ajoute : Nous déplorons le fait qu’Amnesty International ait accusé le gouvernement et ses forces de sécurité d’avoir enterré des gens dans de nombreuses fosses communes, sans évoquer les opposants, alors que ce sont eux qui l’ont fait ».

 

Pacifique Nininahazwe, membre de la société civile en exil répond à cette nouvelle sans équivoque : « une contre-attaque médiatique de la part des autorités » qui tentent par tous les moyens de discréditer l’opposition. Ses appels à l’intervention d’une force internationale pour protéger les civils continuent d’être rejetés par un pouvoir qui a déclaré qu’une présence militaire étrangère serait considérée comme un acte d’agression. Le conflit n’est donc pas seulement armé, il prend de plus en plus d’espace au niveau médiatique afin de faire pencher la balance de l’opinion publique internationale.

 

 

Publié le 3 mars 2016 à 10 h 31 min par Marc Lallemand

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