Scolarisation des enfants en Afrique : l’enjeu reste crucial

Scolarisation des enfants en Afrique : l’enjeu reste crucial

Si la question de la scolarisation est encore centrale dans l’émergence du continent africain, et si de gros efforts doivent encore être consentis, la situation s’améliore sensiblement depuis près de deux décennies. En plus des investissements d’Etat dans les infrastructures scolaires, et le nombre décroissant de conflits armés sur le continent, ce progrès est également largement le résultat de l’action forcenée d’associations.


L’éducation est un droit fondamental inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme comme dans la Convention relative aux Droits de l’Enfant. Pourtant, les chiffres sur la scolarisation en Afrique sont encore alarmants. En Côte d’Ivoire, pays pourtant considéré comme l’un des plus développés d’Afrique subsaharienne, une étude de 2015 du ministère de l’Education nationale, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), nous apprend que 1 123 674 enfants de 6 à 11 ans n’ont pas été scolarisés en 2015 (soit environ 37,9 % des enfants du pays).


Parmi eux, 9,4 % ont abandonné les études et 28,5 % n’ont jamais été scolarisés. Quant aux enfants de 12-15 ans, ils sont pour 46,2 % d’entre eux hors du système scolaire. A cela, il faut ajouter ceux qui quittent l’école prématurément. En 2014, plus de deux millions d’enfants n’ont pas été scolarisés ou ont quitté prématurément l’école, principalement à cause du manque de moyens des familles. Sur l’ensemble du pays, près de 43 % de la jeunesse ivoirienne n’a pas accès à une scolarité normale. Sans surprise, le phénomène touche majoritairement les jeunes filles avec 54 % en 2015. Le défi à relever reste de taille pour les autorités du pays qui avait fait connaitre leur objectif d’instaurer une scolarité obligatoire de 6 à 16 ans.


Plus globalement, l’Afrique subsaharienne souffre d’un retard conséquent avec un taux de scolarisation au plus bas dans certains pays : il n’est que de 32,9 % en Erythrée, de 37,7 % au Liberia et de 41,3 % au Soudan du Sud. Cette tendance s’accompagne généralement de conditions de vie extrêmement rudes pour les enfants non scolarisés. En plus de la pauvreté et des carences alimentaires, il faut déplorer le phénomène du travail des enfants.


A ce sujet, Amnesty International & Afrewatch ont publié le 19 janvier dernier un rapport sur le travail des enfants africains dans les mines de cobalt (minerai précieux crucial pour les compagnies informatiques et par la téléphonie mobile). On y apprend qu’environ 40 000 enfants travaillaient (parfois dès l’âge de neuf ans) dans les seules mines du Katanga, une province de la République démocratique du Congo, pays à l’origine de plus de 50 % de la production de cobalt mondiale en 2014. Ceux-ci travaillent souvent plus de 12 heures par jour, transportant des charges lourdes, et ce sans la moindre protection pour extraire un minerai réputé dangereux. Et la récompense est maigre pour les enfants de RDC, puisqu’ils peuvent à peine espérer un salaire journalier allant d’un à deux dollars.


Cette réalité est encore pire en cas de conflits militaires chroniques, avec le recours aux enfants-soldats. L’école sert aussi à prévenir le désœuvrement et le recrutement par des groupes armés. Il y aurait quelque 250 000 jeunes âgés de 6 à 18 ans mêlés à une trentaine de conflits dans le monde (130 000 en Afrique), et ce en dépit de l’adoption en 2002 du Protocole à la Convention relative aux droits de l’enfant les interdisant. L’ONU estime par ailleurs que Boko Haram a recruté 100 femmes et jeunes filles pour des attentats-suicides à la bombe depuis juin 2014. L’organisation estime également que 230 millions d’enfants vivent dans des régions en proie à un conflit. Le mouvement terroriste empêche un million d’enfants de se rendre à l’école. Pire encore, les forces armées gouvernementales du Yémen, de la Syrie, du Soudan, du Soudan du Sud, de la RDC, de la Somalie et du Nigeria ont elles aussi recruté entre avril 2014 et mars 2015 des enfants soldats. Si en Somalie et en RDC la situation semble cependant s’améliorer, il n’en va pas de même dans les autres pays listés. Selon Donaig Le Du, directrice de la communication pour Unicef Centrafrique entre 6 000 et 10 000 enfants ont été recrutés par les groupes armés durant la crise qu’a traversé le pays.


Plus largement, si à première vue la situation semble toujours dramatique, il y a tout de même des progrès à déclarer. Si près de 61 millions d’enfants en âge d’être à l’école n’étaient toujours pas scolarisés dans le monde en 2010, ils étaient 107 millions en 1999. En dix an, 46 millions d’enfants supplémentaires ont pu rejoindre les bancs de l’école. Entre l’adoption des objectifs du Millénaire pour le développement en 1990 et le passage aux Objectifs de développement durable l’an dernier, l’écart entre le niveau de scolarisation des filles et des garçons dans l’enseignement primaire a été réduit de façon spectaculaire, et ce tout particulièrement en Afrique.


Et pour cause : la plupart des pays africains connaissent de moins en moins de guerre et la croissance économique continue du continent est propice aux investissements dans l’éducation. En parallèle, l’action volontariste des d’associations qui luttent afin de réduire les inégalités d’accès, le travail des enfants ou encore la discrimination féminine joue également.


Des groupes comme Solidarité Afrique ou l’association de Dominique Nouvian-Ouattara, créatrice de la fondation Children Of Africa et Présidente du Comité National de Surveillance des actions de lutte contre la Traite, l’Exploitation et le Travail des Enfants ont largement contribué à ce progrès. Cette dernière œuvre pour la mise en place de partenariats privé-public pour le bien-être des enfants avec les industries présentes sur les territoires concernés. Ainsi, de 2012 à 2015, ce sont en tout 70 écoles primaires et 1 collège qui ont été bâtis par Nestlé, Olam, Cargill, Mars, Barry Callebaut et la Fondation Mondiale du Cacao en seule Côte d’Ivoire.


En janvier dernier, Madame Nouvian a ainsi offert près de 300 tenues scolaires aux meilleurs écoliers de la sous-préfecture de Kaouara. En novembre 2012 elle débloquait 3 millions de Francs CFA pour du matériel (chaises, bureaux, meubles de rangement, ardoises…) pour une école à Kong. Ces dons ne sont que des exemples épars dans une vaste campagne de distribution de 3 500 kits scolaires lancée par l’Institution. Ainsi, on peut également citer la construction du collège Dominique Nouvian-Ouattara de Kong, la création d’une salle multimédia, des dons de kits scolaires les années antérieures, le don d’une ambulance à l’hôpital général de Kong. Le mois suivant, elle faisait livrer 500 cartables à l’IEP de Ouangolodougou.


De même, Solidarité Afrique contribue également sensiblement à la scolarisation du continent. Avec son approche « micro » de la scolarisation, l’association se concentre sur un village à la fis – une approche plus originale partant « de la demande sur place pour aider les Africains à réaliser par eux-mêmes leurs projets. » Pas plus tard que le 5 février dernier, elle faisait le bilan de son action de développement au village de Kentzou, au Cameroun. « 350 enfants étaient scolarisés, soit un enfant sur trois, lors de notre arrivée. Ils sont maintenant 700. En CP, l’an passé, il y avait 110 enfants en une seule classe », expliquait Théo Marteil, président fondateur du groupe. Appuyée par ses 170 cotisants, Solidarité Afrique, basée à Lyon (Rhône), se prépare à mettre en place la construction de deux salles de classe qui devraient être finalisées en septembre prochain. Pour financer son action, l’association organise des spectacles. Les 10 euros ainsi collectés assurent la scolarité d’un enfant pour un an.

Publié le 29 février 2016 à 8 h 35 min par Rédaction

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