Au Gabon, l’opposition n’en finit plus de se diviser

Si, il y a peu, l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou considérait l’opposition congolaise comme « la plus bête du monde », il se pourrait bien que celle du Gabon soit la plus dissipée. A ce jour, quatre candidats sont sur les rangs pour tenter de succéder à Ali Bongo en septembre prochain. Parmi eux, Jean Ping, dont la candidature est présentée comme la plus à même de renverser le pouvoir en place. Pourtant, même au sujet de ce « leader naturel », les membres de l’opposition n’ont de cesse de se déchirer. Ambiance…

 

Officiellement, Jean Ping a été désigné candidat unique du Front uni de l’opposition pour l’alternance (Fopa), mais une partie importante des membres de cette vaste coalition rejette sa candidature, à commencer par le président de la coalition, Pierre-André Kombila. Les opposants de M. Ping lui reprochent d’abord de ne pas les avoir conviés à la réunion ayant conduit à sa désignation. « Cette consultation est une violation flagrante des procédures du Front », dénonce ainsi Jean de Dieu Moukagni Iwangou, président de l’Union du peuple gabonais (UPG). « Nous n’avons même pas été informés de cette réunion. C’est un groupe qui a agi au sein de la coalition », ajoute-t-il.

 

Peu légitime au sein de l’opposition, Jean Ping aura à composer avec un certain nombre d’autres candidats à la présidence, membres de l’opposition s’érigeant en rivaux. En plus des trois déjà déclarés, il ne fait aucun doute que, dans un pays comptant près de soixante partis et regroupements politiques, le nombre de prétendants à la fonction suprême continuera d’augmenter au fil des mois. Cela pourrait en particulier concerner Zacharie Myboto (président de l’Union nationale, UN), Casimir Oye Mba (ministre sous la présidence d’Omar Bongo) et Luc Bengone-Nsi (cofondateur de la plus vieille formation politique de l’opposition, le Mouvement de redressement national, Morena).

 

Le président de l’Union pour la Nouvelle République (UPNR), Louis-Gaston Mayila, dont le nom faisait également partie de la liste de candidats potentiels, a quant à lui décidé de s’aligner derrière Jean Ping. Bon gré, mal gré. Il a souhaité faire « taire son ego » afin de privilégier l’intérêt général, tout en introduisant une certaine nuance : « Pour nous, Jean Ping n’est pas comme certains ont voulu le dire, le meilleur d’entre nous. Pour nous, Jean Ping c’est le primus inter pares, c’est-à-dire le premier parmi les égaux. S’il est élu, il doit être le président du partage, partage des responsabilités, partage des orientations. L’Afrique ne veut plus des présidents de droit divin », a-t-il prévenu.

 

Un optimisme, pourtant très relatif, pas vraiment partagé par tous. Pour la presse gabonaise, l’union de l’opposition est à peu près impossible. « Sombrée dans une guerre des egos, l’opposition est au bord de l’implosion. Là-bas, les anciens PDGistes et autres membres de la majorité présidentielle d’Omar Bongo, opposants devenus, se déchirent au ‘bazooka’ », résume le journal La Loupe. Le Douk-Douk n’est pas plus optimiste et s’insurge contre « le piètre spectacle que les leaders de l’opposition offrent aujourd’hui en s’entredéchirant sur des questions annexes bien loin de celles stratégiques liées à la gouvernance et au projet alternatif qu’ils doivent présenter pour montrer leur capacité à gérer l’Etat ». Le journal regrette également qu’à moins de sept mois de l’élection présidentielle « le discours de l’opposition reste malheureusement rivé sur des questions d’ordre personnel ».

 

Les attaques personnelles sont d’autant plus déplorables que, comme le rappelle L’Aube, « le Front s’est bâti sur le principe anglo-saxon du gentlemen agreement, autrement dit le respect de la parole donnée sans contrat écrit. Ce regroupement devait fonctionner sur la bonne foi des uns et des autres, sur la base du respect mutuel, sans que personne ne force la main à l’autre. Malheureusement, cette confiance mutuelle va brutalement disparaitre dès la mise à jour des calculs sous-marins des uns pour entrainer les autres dans une logique de soumission ».

Bref, au Gabon, l’opposition semble enferrée dans ses travers. Incapable de trouver un angle d’attaque pour remettre en cause le bilan d’Ali Bongo, incapable de se constituer force de proposition pour tenter de faire évoluer le pays, incapable de se trouver un homme fort respecté de tous, elle en est réduite à se donner en spectacle dans un jeu de massacre qui serait risible s’il n’était tragique pour la vie de la Nation.

 

Tribune proposée par Laurent Koumba

Publié le 19 février 2016 à 17 h 08 min par Laurent Fronsac

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