Ruée vers l’or dans la région du Batha

Ruée vers l’or dans la région du Batha

C’est à la suite de la découverte d’un gisement aurifère dans la région du Batha, que les populations de tous les villages alentour se sont précipitées en quête du métal doré. Le gouvernement a dû mobiliser l’armée pour contrôler le flux des orpailleurs, venus également d’autres régions et même de l’étranger.

 

Les derniers chercheurs d’or arrivés à Djaya ont déjà été renvoyés par l’armée les a poussant ainsi à chercher leur bonheur dans la ville d’Ati. Certains Tchadiens parcourent jusqu’à 500 kilomètres pour tenter leur chance. Ils se trouvent parfois en compagnie de Soudanais ou Nigériens qui rejoignent la cohorte des orpailleurs pour profiter de cette occasion de s’enrichir. Dans certaines villes, même les lycées se sont vidés, les élèves étant partis à la recherche du précieux métal.

 

La plupart d’entre eux sont bien équipés : les « chercheurs » disent avoir acheté des détecteurs d’or qui ont coûté à certains l’équivalent de 6 mois de salaire. La déception est d’autant plus grande pour eux quand ils découvrent que l’armée interdit la circulation tout autour des sites. Selon des témoignages comme celui-ci, nombreux ont été renvoyés et se sont même vu retirés leurs biens : « A notre grande surprise, le gouvernement a décidé de nous renvoyer du site. Les véhicules qui nous ont acheminés sont saisis et nous nous sommes retrouvés presque sans rien. Nous sommes restés, depuis deux jours, à Alifa, croyant que le gouvernement allait revenir sur sa décision, mais hélas. Nous avons été confrontés à des problèmes d’eau, de nourriture et même de déplacement. » Il y en a d’autres qui signalent que les militaires confisquent non seulement des véhicules, mais aussi les détecteurs de métal et même l’or.

 

En revanche, les pouvoirs locaux justifient la présence de l’armée en vue de renforcer la sécurité des lieux. Le préfet du Batha en témoigne dans ses propos : « L’armée a été déployée dans la zone pour deux raisons : d’abord pour sécuriser un espace qui est une réserve naturelle où il y a beaucoup d’éléphants, et les protéger des produits toxiques utilisés par les orpailleurs, comme me mercure. Ensuite, nous avons été informés que de nombreux orpailleurs du Soudan et du Niger s’étaient mêlés aux Tchadiens, et nous avons peur d’infiltrations qui pourraient remettre en question notre sécurité ».

 

En revanche, suivant les informations de RFI, des députés du Batha invitent les autorités à revoir leurs politiques et à réglementer plutôt que de « mettre en quarantaine la région ». « Vous savez que le comportement des militaires n’est pas toujours ce qu’on attend. Déjà, on nous a signalé des cas de morts avérés par balle. Et l’exploitation devait se faire vraiment dans les normes et les gens devraient avoir des autorisations en bonne et due forme pour travailler », poursuit un des députés.

 

Les tensions s’intensifient dans les villages alentours où le coût de vie grimpe aussi vite que l’afflux des chercheurs. Des commerçants malhonnêtes profitent de la situation et doublent les prix de leurs produits. Ainsi, une tasse de boule de millet, la nourriture commune au Tchad, coûte 500 FCFA au lieu de 250. Compte tenu du taux de vie très faible au Tchad, surtout dans cette région, la découverte d’une telle ressource naturelle peut devenir une source de conflits plutôt que d’enrichissement, ainsi qu’un défit pour le gouvernement dans la gestion des pénuries artificielles de produits et le contrôle de l’afflux de chercheurs d’or.

Publié le 19 janvier 2016 à 11 h 48 min par Léa Duval

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