La famille de l’ex-chef rebelle angolais Jonas Savimbi entament des poursuites judiciaires

La famille de l’ex-chef rebelle angolais Jonas Savimbi entament des poursuites judiciaires

Les enfants de Jonas Savimbi, installés en région parisienne, accusent Activision Blizzard, société éditrice du jeu vidéo « Call of Duty » de « diffamation » et d’« atteinte à l’honneur » : ils ont trouvé trop de ressemblance entre un personnage du jeu et leur père, qui était à la tête de la rébellion de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita) en 1975.

 

La famille de Jonas Savimbi a découvert qu’un personnage du jeu de de guerre « Call of Duty », allié au héro, est identique à leur. Les deux sont vêtus d’uniformes militaires, leur barbe est fournie et l’arme toujours à la main. Selon leur avocate, le personnage est présenté comme un « barbare » doté d’une image « outrancière » qui ne correspond pas à la personnalité de « leader politique » et du « stratège » qu’était Jonas Savimbi. Me Carole Enfert qui représente les intérêts des enfants dans cette affaire, insiste sur le fait que son image a été beaucoup trop simplifiée : « Il a été un personnage important de la guerre froide, il a fait partie de l’échiquier mondial, il était défendu par les grands de ce monde, il a été ami de Mandela (…) Personne ne peut contester qu’il était érudit, qu’il avait fait des études. Donc c’était quand même un personnage qui était à l’antithèse du personnage qui est présenté dans ce jeu vidéo », poursuit-elle.

 

Dans le jeu, le guerrier ressemblant vraisemblablement à Jonas Savimbi vient à l’appui du héros – un agent spécial américain en Angola qui combat le régime communiste. L’histoire est vraie étant donné que le Mouvement populaire de libération de l’Angola, soutenu par le bloc de l’Est s’opposait dans les années 1970 à l’Unita amplement défendue par les Etats-Unis.

 

L’avocat de la société Activision Blizzard ne rejette pas l’idée pas que Jonas Savimbi fût un prototype du personnage en question. En revanche, il estime que l’atteinte à l’honneur portée par ses enfants n’est pas justifiée. Bien au contraire, selon le défenseur, il est représenté dans le jeu comme il est, « un personnage de l’histoire angolaise, un chef de guérilla qui combat le MPLA ». Plus que cela, Me Étienne Kowalski déclare que son image est « plutôt favorable », un personnage « gentil qui vient en aide au héros ».

 

Les représentants des deux parties exposeront leurs arguments devant le tribunal de grande instance de Nanterre le 3 février, la décision sera prise fin mars. La famille Savimbi réclame le retrait du jeu incriminé, ainsi qu’un million d’euros de dommages, montant qui paraît « important » mais qui ne représente « rien par rapport au bénéfice de la société », dit l’avocat de la famille. L’affaire concernant le jeu vidéo constitue une première en droit français.

 

Rappelons que Jonas Savimbi était en tête du mouvement nationaliste angolaise. Il a lutté au début contre la domination coloniale portugaise en créant en 1966 l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola. Après la proclamation de l’indépendance de l’Angola le 11 novembre 1975, il s’oppose au régime  procommuniste installé par le Mouvement pour la libération populaire d’Angola.

 

Depuis lors, son mouvement a mené une guerre civile contre le pouvoir jusqu’à sa mort au combat le 22 février 2002. Son décès a mis fin à 27 ans de conflit.

Publié le 15 janvier 2016 à 10 h 08 min par Laurent Fronsac

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