Kagamé à la poursuite d’un troisième mandat : la déception de Washington

Kagamé à la poursuite d’un troisième mandat : la déception de Washington

Dans le communiqué du département d’Etat américain, les Etats-Unis ont exprimé leur déception par rapport à la décision de Paul Kagame, président en exercice du Rwanda, en estimant qu’il « passe à côté d’une occasion historique de renforcer et de consolider les institutions démocratiques que le peuple rwandais s’est péniblement investi à établir pendant plus de vingt ans ».

 

Washington a rappelé l’importance des « alternances politiques » pour la construction de la démocratie et le danger inhérent à la modification des règles pour garder le pouvoir. Il se dit alors « préoccupé par les changements qui favorisent un individu au détriment du principe de transition démocratique ».

 

Alors que des élections locales auront lieu cette année, le scrutin présidentiel en 2017 et des élections législatives e 2018, le gouvernement américain appelle dans un communiqué les autorités rnwandaises à « assurer et respecter le droit de ses citoyens d’exercer leur liberté d’expression, de conscience et de rassemblement pacifique qui représentent les caractéristiques des véritables démocraties ».

 

Paul Kagamé a décidé de répondre, de son côté, à ces critiques sur Twitter. Sur son compte il réplique ainsi : « Les problèmes de l’Afrique (…) ne seront pas facilement résolus » par « ce que cache cette attitude qui consiste à se dire « profondément déçu« . « Il y a pas mal de choses très décevantes qui se produisent à travers le monde, ajoute-t-il. Nous espérons porter notre propre fardeau et non être le fardeau des autres ! ». « Je vous promets que nous n’avons pas l’intention de décevoir… surtout pas nous-mêmes », souligne le Président.

 

La révision de la constitution rwandaise a été approuvée par référendum le 18 décembre dernier, durant lequel 98,4 % des électeurs ont dit oui à la prolongation des mandats présidentiels. Dix jours après le référendum, Paul Kagamé a officialisé sa décision de se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2017, lors de l’allocation des vœux adressés à la nation pour le Nouvel An. « Vous m’avez demandé de diriger à nouveau ce pays après 2017. Étant donné l’importance que vous y accordez, je ne peux qu’accepter », a-t-il justifié.

 

Rappelons, que cette révision lui permet théoriquement de rester au pouvoir jusqu’en 2034 ! Etant donné qu’elle diminue le mandat de sept à cinq ans, mais seulement après le prochain septennat « intermédiaire » qui finira en 2024. De plus, un article de la nouvelle loi stipule que le président en exercice peut présenter sa candidature en 2024 et même en 2029. Ce sont encore…28 ans de présidence possibles pour Kagamé !

 

Alors qu’il disait il y a encore six ans que ce serait un échec de ne pas trouver un successeur. « Ceux qui cherchent un troisième mandat en cherchent un quatrième puis un cinquième », déclarait-il à l’époque. Aujourd’hui, en revanche, il décrit l’initiative de réviser la Constitution comme l’initiative du peuple : le gouvernement déclare avoir reçu en été 2015 3,7 millions de pétitions de la part des Rwandais qui demandaient une réforme de la norme suprême afin d’assurer une présidence plus longue à Paul Kagamé.

Critiqué de cette démarche par ses collègues internationaux, le Président semble ne pas vouloir céder à la ligne forte : « Nous pouvons être bons amis, nous pouvons convenir d’être en désaccord, mais la limite est lorsqu’il est question des intérêts des Rwandais», affirme-t-il.

Publié le 4 janvier 2016 à 10 h 02 min par Mathilde Grandjean

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