Tchad-Cameroun : de l’eau dans le pétrole ?

Tchad-Cameroun : de l’eau dans le pétrole ?

L’Inspecteur Principal des Douanes du Tchad, Oumar Abderamane Hassane, a publié une tribune dans Jeune Afrique, ce mercredi 30 décembre, qui ne devrait pas passer inaperçue. L’auteur dénonce un non respect des traités internationaux dans le cadre des relations commerciales entre le Tchad et le Cameroun qui se fait au détriment du premier. En effet, le Tchad exporte du pétrole via son voisin camerounais et s’acquitte pour cela d’un « droit de transit ». Une taxe illégale à en croire les textes qui régissent le commerce international.

 

Assiste-t-on au déclenchement d’une petite guerre commerciale entre le Tchad et le Cameroun ? Cette question se révèle assez légitime après la lecture d’une tribune parue hier dans Jeune Afrique dans laquelle l’Inspecteur Principal des Douanes tchadiennes attaque (de manière diplomatique) la manière dont le commerce entre les deux pays se pratique depuis des années dans le domaine des hydrocarbures. Oumar Abderamane Hassane estime que le Cameroun perçoit illégalement un « droit de transit » pour le pétrole qui est envoyé par pipeline du Tchad vers le Cameroun et ses débouchés maritimes. Une accusation sans passion qui repose, semble-t-il, sur une lecture attentive des textes internationaux qui régissent le commerce mondial. Une attaque feutrée qui devrait toutefois faire réagir côté camerounais.

 

Le Tchad possède d’importantes réserves de pétrole et ne se prive pas de le vendre aux pays qui n’ont pas cette ressource dans leur propre sous-sol. Toutefois, le Tchad souffre d’un handicap lié à sa position géographique. Le pays est enclavé et ne dispose d’aucun accès à la mer pour exporter rapidement, efficacement et à un moindre coût les milliers de barils produits chaque jour. N’Djamena a fait le choix de conclure un partenariat avec le Cameroun pour effacer cet obstacle et un accord a été conclu en février 1996 pour la « construction et à l’exploitation d’un système de transport des hydrocarbures par pipeline qui octroie au Tchad un droit d’accès à la mer et la liberté de transit ». Respectant les dispositions de différentes conventions de l’ONU adoptées dans ce domaine, l’accord devrait donc permettre aux autorités tchadiennes d’écouler leurs ressources sans avoir à payer quoi que ce soit à Yaoundé.

 

Dans la foulée de l’accord conclu entre les deux voisins, le Cameroun a promulgué une loi qui impose un « droit de transit sur les hydrocarbures en provenance des pays tiers, c’est-à-dire, et sans équivoque, en provenance de pays non membres de la Cemac ». Pourtant, le Tchad s’acquitte d’un « droit de transit » qui n’a guère de fondement juridique selon Oumar Abderamane Hassane. Une taxe qui n’est pas réciproque puisque de multiples entreprises camerounaises commercent avec le Tchad, traversent le pays, sans être jamais appelées à payer un tel « droit de transit ». Le Tchad est le seul payeur et il met lourdement la main à la poche. L’auteur juge qu’en douze années d’exportation de pétrole, N’Djamena a dû débourser la coquette somme de 400 milliards de francs CFA, et tout cela, sans base légale valable. Un argent qui « aurait pu par exemple utiliser cette somme pour construire une seconde raffinerie ». Cette sortie médiatique, est-elle le signe que le Tchad souhaite rediscuter de ses relations commerciales avec le Cameroun ? Des échanges diplomatiques discrets entre les deux Etats ne seraient guère étonnants au cours des prochaines semaines.

Publié le 31 décembre 2015 à 16 h 59 min par Léa Duval

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