Fin du travail des enfants : le plan audacieux de Dominique Nouvian

Fin du travail des enfants : le plan audacieux de Dominique Nouvian

Mardi 15 décembre, le Comité national de surveillance des actions de lutte cotre la traite, l’exploitation et le travail des enfants (CNS) dévoilait son plan d’action national pour la période 2015-2017. Tirant un bilan positif de l’exercice passé, l’organisation dirigée par Dominique Nouvian souhaite intensifier ses efforts pour endiguer le fléau du travail des enfants en Côte d’Ivoire.

 

Bilan positif pour l’exercice 2012-2014

 

Le précédent plan d’action national, sur la période 2012-2014, aura été une réussite : 4 042 enfants  ont pu échapper à l’exploitation grâce à l’action du CNS. En parallèle, le durcissement de la réglementation relative au travail des enfants a permis d’interpeller et de condamner 23 personnes sur les 41 personnes déférées à ce jour. Articulé autour de trois axes – prévention, protection, répression – l’exercice 2012-2014 aura surtout permis d’amorcer un vrai mouvement vers une lutte globale contre les pires formes de travail des enfants. « Ce plan d’action national a été exécuté à plus de 90% des activités inscrites et a nécessité un effort financier de 7 milliards de francs CFA de la part de l’État » s’est exprimée Dominique Nouvian, Première dame et fondatrice du CNS, lors de la cérémonie qui s’est tenue mardi 15 au ministère des Affaires étrangères ivoirien. « Ces efforts ont été soutenus par les partenaires qui ont investi plus de 2,4 milliards Fcfa pour la construction de salles de classe dans les zones de production de cacao ».

 

Fléau des plantations de cacao

 

La Côte d’Ivoire est en effet à elle seule responsable de 40 % de la production mondiale de cacao. Avec le Nigeria, le Cameroun et le Ghana, on atteint les deux tiers de la production mondiale de cacao. Des filières clandestines se sont instaurées entre ces pays voisins pour acheminer les enfants vers les plantations cacaoyères ivoiriennes. En juin dernier, le sauvetage de 48 enfants par Interpol avait permis de mettre en lumière leurs conditions de travail indignes, des « conditions extrêmes, particulièrement dangereuses pour leur santé » selon le communiqué officiel d’Interpol. Certains d’entre eux étaient « employés dans les champs depuis un an » et ont déclaré aux enquêteurs « travailler régulièrement de longues heures chaque jour sans recevoir ni salaire, ni éducation ».

Pour mener à bien sa lutte contre les pires formes de travail des enfants, la Côte d’Ivoire a récemment signé un accord avec le Burnika Faso. Le secteur privé en charge de la production cacaoyère est aussi appelé à se mobiliser et à se montrer plus vigilent sur les plantations. Un soutien salué par Dominique Nouvian au moment de l’accord. « Les entreprises intervenant dans la filière du cacao et du chocolat ont décidé de nous soutenir en consentant d’importants investissements dans la construction et la réhabilitation d’écoles proches des grandes plantations de cacao ».

 

Nouveau plan pour 2015-2017

 

Le nouveau plan d’action national entend poursuivre les efforts entrepris en mobilisant encore plus largement tous les acteurs, publics comme privés. « Il nous faut fédérer nos efforts pour l’éradication définitive du fléau » a appelé Dominique Nouvian. Le ministre d’État, Moussa Dosso, Président du Comité interministériel de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants (CIM), un organe créé pour appuyer l’action du CNS, a invité tous les partenaires financiers à les soutenir dans leur combat. Le budget prévisionnel pour l’exercice 2015-2017, État et partenaires compris, est estimé à 12,920 milliards de Fcfa. Les fonds levés seront destinés à la construction et à l’équipement de 2000 salles de classe pour le primaire, de 333 cantines scolaires et à la distribution de 6000 kits scolaires pour les enfants les plus défavorisés. Une campagne de sensibilisation est prévue pour exposer aux parents les risques sociaux et sanitaires encourus par leurs enfants dans les plantations, ainsi que les bénéfices concrets qu’ils pourront tirer de leur scolarisation. Dominique Nouvian a en effet rappelé que les 2/3 des enfants qui travaillent sont enfants de paysans, qui ont souvent besoin de leur aide, au moins ponctuelle, pour subsister.

La lutte menée en Côte d’Ivoire commence à avoir un écho international. Dominique Nouvian n’a pas manqué de le souligner lors de la cérémonie. « Ces résultats [du plan 2012-2014] ont conduit le département d’État des États-Unis, dans son rapport annuel sur la traite des personnes, à reclasser notre pays dans la catégorie 2 qui correspond aux pays faisant des efforts significatifs pour éradiquer le fléau. ».

 

Publié le 27 décembre 2015 à 18 h 18 min par Laurent Fronsac

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