Lac Tchad : Idriss Déby réclame des « actions concrètes »

Lac Tchad : Idriss Déby réclame des « actions concrètes »

Le bassin du lac Tchad vit une période extrêmement difficile avec les exactions du groupe terroriste Boko Haram. On dénombre plus de 1 600 morts depuis le mois de juin dans la région. Une région aux confluents du Tchad, Nigeria, Niger et Cameroun qu’il est difficile de contrôler pour les forces de sécurité. Un vaste lieu également sous la menace d’une catastrophe écologique en cours.

 

Boko Haram : le dernier round avant écroulement ?

 

Fondé en 2002, le groupe terroriste Boko Haram est sorti depuis longtemps du nord-est du Nigeria d’où il est originaire pour semer la mort et capturer des innocents dans la région du lac Tchad. L’instauration de la charia est l’objectif affiché par ce groupe à la recherche de sponsors puissants. D’abord affilié aux talibans afghans, il s’est ensuite rapproché d’Al-Qaeda pour finalement se rebaptiser Etat islamique en Afrique de l’Ouest en mars 2015. Cette nouvelle allégeance qui fait peur sur le papier est le signe selon de nombreux spécialistes de l’anti-terrorisme que le groupe est en perte de vitesse. Les pays de la région se mobilisent plus efficacement depuis plusieurs mois avec notamment la mise sur pied d’une force internationale africaine forte de 8 700 hommes.

 

La réponse militaire plus efficace des autorités n’est pas étrangère à la mobilisation sans précédent du Tchad. L’élection d’un nouveau président au Nigeria, Muhammadu Buhari, en mai 2015 avait laissé espérer un redressement de la situation, mais les espoirs ont été rapidement douchés. Le Nigeria fait plus figure de victime du terrorisme que de grand organisateur de la riposte. La solution se trouve à N’Djaména où le président tchadien Idriss Déby s’est engagé dans une lutte à mort contre un Boko Haram qui a décidé de multiplier les attentats suicides au Tchad en guise de réponse. Ces actions spectaculaires plongent les populations dans la peur, mais le régime tchadien semble aujourd’hui assez solide pour ne pas perdre le fil dans cette guerre asymétrique particulièrement sanglante.

 

Depuis juin 2015, plus de 1 600 victimes tombées sous les balles de Boko Haram sont à déplorer. Amnesty International estime que ce sont plus de 3 500 tués qui sont à mettre à l’effroyable bilan de la secte terroriste rien que pour l’année 2015 avec des attaques qui ne cessent pas et l’utilisation d’enfants kamikazes – souvent des fillettes qui ne savent même pas qu’elles portent une ceinture d’explosifs – qui entraînent la mort de dizaines de personnes à chaque attaque. La situation sécuritaire est très préoccupante dans la région à tel point que l’ONU dénombre 2,3 millions de réfugiés qui ont fui la présence islamiste depuis la mi-2013.

 

Une catastrophe écologique dans la quasi indifférence générale

 

Le bassin du lac Tchad est très difficile à contrôler en raison d’un terrain propice à la dissimulation. Rien que le lac lui-même abrite des centaines d’îles qui font le jeu des islamistes toujours à la quête d’un endroit sûr entre deux attaques. La présence de ces semeurs de mort est un drame qui s’ajoute et qui renforce une catastrophe d’une autre nature : écologique. Le bassin du lac Tchad repose sur un écosystème en détresse. Le lac a perdu 90 % de sa superficie en moins d’un demi siècle et la désertification menace de rayer de la carte d’ici 20 ans ce qui fut la troisième réserve d’eau douce au monde. La misère progresse à grands pas et c’est toute l’économie de la région qui ne tient qu’un un fil. Boko Haram profite de ces conditions précaires pour pointer du doigt les gouvernements et enrôler des jeunes à la recherche d’un avenir meilleur. Bien que la sauvegarde du lac Tchad soit un impératif écologique et social, la mobilisation n’est pas encore au rendez-vous. Premier touché, le Tchad appelle depuis fort longtemps la communauté internationale a se saisir du problème. Le dernier message en ce sens ayant été délivré par le président Déby à l’occasion de la COP21 à Paris. Le chef d’Etat  déplorait en début de Conférence na pas avoir trouvé jusqu’à aujourd’hui «  des oreilles attentives, tout au moins des actions concrètes » alors que des solutions techniques existent et permettraient de préserver un lac en souffrance. Mais le coût est très élevé (6,4 milliards de dollars) et l’argent est plus facilement mobilisé pour des problèmes considérés comme plus immédiats. Pourtant, les fonds alloués à la lutte contre Boko Haram n’ont pas encore permis de mettre fin à la menace existentielle pour des centaines milliers de personnes. Comme le souligne le président tchadien, « la coalition a sans conteste affaibli la nébuleuse» islamiste mais « pour autant, elle ne s’avoue pas vaincue ».

 

 

La région est à la croisée des chemins. Si la réponse des autorités et de la communauté internationale est massive et traite les problèmes de fond que sont la sécurité, la pauvreté et l’écologie alors ce carrefour de l’Afrique pourra retrouver la fonction qu’il a toujours occupé dans l’histoire du continent, mais si les efforts font défaut alors le désert physique et humain constituera le point final d’une longue période que seuls les livres auront gardé la trace.

Crédits photo : AFP

 

 

Publié le 23 décembre 2015 à 12 h 01 min par Jean-Yves Denis

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