Le cyclisme, faiseur de rois au Rwanda

Le cyclisme, faiseur de rois au Rwanda

Le football est le sport roi à travers le monde et particulièrement en Afrique. Pourtant au Rwanda la ferveur populaire se concentre sur d’autres sportifs : les cyclistes. Devenus en quelques années des stars adulées dans ce petit pays d’Afrique centrale, les cyclistes se croient aujourd’hui invincibles ce qui pose de graves problèmes de discipline. Les résultats s’en font sentir alors que le potentiel de ce pays est immense.

 

Le succès et l’argent sont inhérents au sport de haut niveau. Pourtant, ils peuvent détruire des carrières aussi vite qu’elles ont mis du temps à se mettre en place. Le cyclisme au Rwanda ne fait pas exception et dans un article très fourni de Libération, Pierre Carrey relate comment des champions en plein essor se font happer par le système et connaissent finalement une carrière médiocre alors que de belles victoires leur étaient promises. Faisant rêver toute une nation, les « dream boys » se perdent dans le star système et ne courent plus, pour certains d’entre eux, que pour les dollars.

 

Chaque année, le tour du Rwanda est une des étapes phares du circuit cycliste professionnel en Afrique et à la grande joie des nombreux supporters rwandais, les cyclistes locaux enchaînent les bonnes performances. Lors de la dernière édition qui s’est courue en novembre 2015, le podium a été trusté par trois Rwandais. Mais les succès font rapidement place à des déceptions sportives liées à une soif inextinguible d’argent. Les meilleurs coureurs signent des contrats de sponsoring et deviennent obnubilés par les billets en oubliant que leur réussite sportive et économique est due à leur long et pénible travail de forçats de la route. L’Américain et ex-coureur Jonathan Boyer, l’homme qui a presque « inventé » le vélo au Rwanda à partir de 2007 se désole de cette situation. « Les coureurs ont pris la grosse tête » et ont même fait grève à la mi-novembre pour obtenir 3 000 dollars de prime chacun.

 

Un mouvement qui fait écho aux pratiques dans le football sauf que les fans ont soutenu fermement les revendications des coureurs. « Je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé, soupire Jonathan Boyer. Je pense que les coureurs ont été mal conseillés. Franchement, ils peuvent empocher beaucoup plus que 3 000 dollars à la fin du Tour du Rwanda ». Les faits sont pourtant simples. Le cyclisme est l’un des sports les plus difficiles au monde et dès les premiers succès venus, la passion et le travail laissent place à une certaine fatigue. Certains coureurs mettent en avant les conditions d’entraînement qui sont très pénibles et dignes parfois d’un « camp militaire ». Le complexe ultra moderne ouvert en 2013 à Musanze qui regroupe les pépites du cyclisme rwandais impose des règles de vie très strictes qui deviennent rapidement insupportables pour ceux qui ont gouté au succès à l’extérieur et qui sont acclamés par la foule. La montée d’une génération plus préservée de ces vices pourrait porter le cyclisme rwandais au top du peloton mondial

Publié le 10 décembre 2015 à 12 h 30 min par Emmanuel Samba

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