Paul Biya « réaménage » son Gouvernement

Paul Biya « réaménage » son Gouvernement

A la tête du Cameroun depuis 33 ans et réélu en 2009, Paul Biya fait la pluie et le beau temps sur la politique camerounaise. Le 2 octobre, le chef de l’Etat a décidé de procéder à un léger remaniement ministériel. L’ADN reste le même avec une équipe pléthorique de 65 ministres pour la plupart très âgés. Seuls ceux qui peuvent abimer l’image de l’exécutif ou qui ont affiché des prétentions politiques trop ambitieuses ont été débarqués ou « rétrogradés ».

 

On prend les mêmes et on recommence. C’est ce que les analystes pensent en substance du remaniement ministériel qui est intervenu le 2 octobre dernier. Une petite dizaine de ministres a été changée de poste ou a dû quitter le Gouvernement, mais les principales caractéristique de l’équipe au pouvoir restent les mêmes. L’équipe est extrêmement large avec 65 ministres et une moyenne d’âge élevée (la majorité des ministres a entre 65 et 70 ans). Premier ministre depuis 2009, Philémon Yunji Yang est à lui seul le portrait robot du gouvernement avec ses 68 printemps. Il a été maintenu à son poste même si la présidence a tendance à lui « voler » quelques prérogatives notamment en prenant soin de placer des hommes proches de Paul Biya à des Secrétariats d’Etat indispensables au bon fonctionnement de la machine gouvernementale.

 

La critique de l’âge n’est pas anodine et les commentaires les plus féroces font des parallèles avec l’équipe de Brejnev en temps de l’Union soviétique. Le ministre de la Justice a 73 ans et est un proche du président Biya depuis plus de trente ans. Le ministre du Tourisme (ancien Premier ministre dans les années 1980) a 68 ans et connaît le pouvoir comme sa poche tandis que le Vice-Premier ministre est encore plus âgé avec 72 printemps au compteur. L’essayiste Eric Essono Tsim estime qu’ « il n’y a aucune impulsion nouvelle, aucune réorientation de politique avec ce gouvernement. Le président n’a fait que récompenser certains et calmer les ardeurs des autres. C’est le même scénario depuis bientôt quarante ans ». Autrement dit un remaniement politicien sous un soleil camerounais qui n’a pas changé d’un iota.

 

Il est vrai que certaines ardeurs ont été calmées. Plusieurs personnalités pensent à l’avenir avec un président vieillissant qui n’a pas encore révélé ce qu’il souhaitait faire. La Constitution de 2009 l’autorise à se représenter devant les électeurs malgré son âge et son long règne présidentiel. La question se posera avec plus d’acuité en 2018 (date de la prochaine élection présidentielle), mais ceux qui ont déjà trop dévoilé leurs cartes ont été écartés sans ambages. Le cas le plus marquant est celui d’Edgar Mebe Ngo’o, ministre de la Défense qui a été rétrogradé au ministère des Transports. Doté d’un bon bilan au ministère de la Défense, fortuné et beaucoup plus jeune que la plupart des ministres (il a 58 ans), Edgar Mebe Ngo’o a été perçu comme une menace potentielle.

 

D’autres ont eu un sort encore moins enviable, mais leur avenir gouvernemental était compromis en raison des scandales financiers qu’ils trainent derrière eux. Robert Nkili, frère cadet de la première épouse du président Biya et ancien ministre des transports, est soupçonné de rétrocommissions d’un montant de plus de 20 milliards de francs CFA. Le tribunal criminel spécial pour détournements de fonds se penche sur les cas de Biyiti Bi Essam, Louis Bapès et Emmanuel Bondé, Lazare Essimi Menye et Catherine Bakang Mbock qui n’avaient pas de portefeuilles régaliens avant qu’ils ne soient écartés mais qui étaient trop exposés pour que l’image du gouvernement ne soit pas exposée. Enfin, le ministre des Sports, Adoum Garoua et la ministre de la Culture ont dû quitter leur poste après avoir émis des critiques qui ne sont pas passées tout en haut de la pyramide du pouvoir. Ainsi le remaniement a des aspects purement politiciens et cosmétiques. Le navire gouvernemental devrait suivre la même trajectoire à moins que des événements politiques imprévus ne viennent jouer les trouble-fêtes.

Publié le 6 octobre 2015 à 10 h 01 min par Mathilde Grandjean

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