Crimes de guerre en RDC : des chefs des FDLR jugés en Allemagne

Crimes de guerre en RDC : des chefs des FDLR jugés en Allemagne

Après quatre ans d’un procès épineux, la justice allemande rend lundi son verdict contre deux chefs de la rébellion hutu rwandaise, accusés d’avoir orchestré des crimes contre l’humanité et de guerre dans l’est de la RDC. Straton Musoni et Ignace Murwanashyaka, deux hauts responsables des FDLR sont jugés à Stuttgart, dans le sud de l’Allemagne.

 

La justice est lente mais inarrêtable. Lundi 28 septembre, les jusges allemands devraont rendre leur verdict contre deux chefs de la rébellion hutue rwandaise, accusés d’avoir orchestré à 6000 kilomètres de distance des crimes contre l’humanité et de guerre dans l’est de la RDC. Jugés depuis le 4 mai 2011 à Stuttgart (sud-ouest), Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni, président et vice-président des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) respectivement âgés de 51 et 54 ans, encourent tous deux la perpétuité.

 

L’accusation leur reproche d’avoir piloté « depuis l’Allemagne », où ils ont obtenu l’asile et vivent depuis plus de vingt ans, « toute la palette d’atrocités que l’on peut imaginer dans une guerre civile », selon le procureur Christian Ritscher. Il s’agit de meurtres, de viols, du pillage et de l’incendie de nombreux villages, du recrutement de force d’enfants soldats et de l’utilisation de civils comme « boucliers » contre des attaques dans l’est de la RDCongo. Le parquet fédéral allemand les accuse d’être responsables de 26 crimes contre l’humanité et 39 crimes de guerre commis par les miliciens sous leurs ordres entre janvier 2008 et le 17 novembre 2009.

 

La défense, qui a plaidé l’acquittement, n’a cessé de contester la chaîne de commandement supposée des FDLR, faisant des deux accusés de simples dirigeants politiques dénués d’influence sur les exactions commises sur place.

La Cour a finalement abandonné les trois quarts des accusations pour se concentrer sur les meurtres, afin que le procès « n’aggrave de manière significative la vulnérabilité » des femmes violées ou des enfants recrutés de force, terrorisés d’apparaître dans la procédure. « La justice aurait pu se contenter de l’accusation de terrorisme. Les juger pour crimes contre l’humanité, malgré les problèmes de preuve, est un signal fort », estime auprès de l’AFP Andrej Umansky, spécialiste de droit pénal à l’université de Cologne. Ce « procès mammouth », selon la Deutsche Welle, a été attentivement suivi par les associations de défense des droits de l’homme, qui y ont dépêché des observateurs, et devait « servir d’avertissement à tous les individus soupçonnés de crimes de guerre », d’après Human Rights Watch.

 

Les FDLR regroupent quelque 6.000 rebelles hutu rwandais dans l’est de la RDCongo, région frontalière du Rwanda.Elles sont considérées comme l’un des principaux responsables de l’insécurité dans la région des Grands lacs.Plusieurs de leurs membres sont recherchés par la justice rwandaise pour leur implication présumée dans le génocide des Tutsi de 1994. Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni ont été arrêtés le 17 novembre 2009 en Allemagne, où ils résidaient de longue date. Alors que son ancien adjoint Straton Musoni a officiellement quitté l’organisation il y a quelques années, Ignace Murwanashyaka est lui toujours considéré par les combattants des FDLR comme l’un des chefs du mouvement.

 

La défense, qui a plaidé l’acquittement, n’a cessé de contester la chaîne de commandement supposée des FDLR, faisant des deux accusés de simples dirigeants politiques dénués d’influence sur les exactions commises sur place. Et d’autres cas pourraient suivre. Selon Kai Ambos, professeur de droit pénal international à l’université de Göttingen cité par l’agence DPA, la justice allemande voit désormais affluer « les plaintes de Syriens » pour les crimes perpétrés dans leur pays, pris en tenaille entre les bombardements du régime et l’Etat islamique. « Si des combattants allemands de Daesh reviennent en Allemagne, il paraît certain qu’ils seront poursuivis, d’autant que la Cour pénale internationale n’est pas compétente parce que l’Irak et la Syrie n’ont pas signé son statut », rappelle Andrej Umansky.

 

Publié le 25 septembre 2015 à 13 h 03 min par Laurent Fronsac

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