Rwanda : la vie de la diaspora à Bruxelles

Rwanda : la vie de la diaspora à Bruxelles

Partie à la rencontre de la diaspora rwandaise à Bruxelles, Jeune Afrique dresse le tableau d’une diaspora éclatée dont les membres ne se font pas confiance et qui pour certains vivent dans la peur d’être assassinés par le régime. Si les événements pré-électoraux sont suivis avec attention, certains jugent que le combat politique, le vrai, ne peut se faire que dans les rues rwandaises.

 

Méfiance, c’est le terme qui revient souvent lorsque l’on côtoie la diaspora rwandaise vivant à Bruxelles. La capitale de l’ancien pays colonisateur est aujourd’hui le réceptacle d’une diaspora qui compte entre 25 000 et 30 000 membres. Des membres qui se divisent en plusieurs communautés arrivées au gré des événements et troubles qui ont secoué le Rwanda. Et c’est peu dire que l’opposition vit dans la crainte. Les dernières semaines ont été marquées par des rumeurs assurant que des « escadrons de la mort » avaient été envoyés par Kigali pour régler le sort de figures bien trop critiques à l’égard du régime. Bien que l’ambassade réfute avec force de telles allégations, la mise sous protection par la police belge de la journaliste canadienne Judi River lors de son passage dans la capitale renforce la conviction que nul n’est à l’abri.

 

Il faut dire que la mort de Patrick Karegeya à Johannesburg le 1er janvier 2014 reste encore dans tous les esprits. On pense le pouvoir prêt à tout pour se maintenir en place et la pré-campagne présidentielle est scrutée avec soin. Mais la vie loin de ses racines ne signifie pas forcément la création d’une communauté soudée. Les dissensions sont fortes et les Rwandais ne fréquentent pas les mêmes lieux en fonction de leur appartenance politique. La diaspora est divisée et son poids encore plus relatif.

 

Malgré tout, le Congrès National Rwandais (dont Patrick Karegeya était l’un des cofondateurs) essaye de réunir l’ensemble de la diaspora en vue de la présidentielle de 2017. Il y a un mois, un accord a été conclu avec trois parties essentiellement hutue, mais cela ne soulève pas forcément un enthousiasme débordant. L’ancien Premier-ministre, Faustin Twagiramungu, n’est pas convaincu par de telles manœuvres pourtant pleines de bonne volonté. Celui qui a passé déjà vingt ans de sa vie loin du Rwanda estime que la vraie politique ne peut se faire que dans le pays et que la diaspora ne peut en rien changer la trajectoire du Rwanda.

Publié le 22 septembre 2015 à 10 h 03 min par Jean-Yves Denis

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