Le gouvernement gabonais, sur mesure pour la présidentielle, souffre de deux désistements

Le gouvernement gabonais, sur mesure pour la présidentielle, souffre de deux désistements

Le président gabonais Ali Bongo Ondimba a procédé vendredi avec son Premier ministre Daniel Ona Ondo, à un remaniement élargi du gouvernement qui passe de 34 à 41 membres. Seulement après l’annonce officielle de la liste, deux des ministres annoncés, dont un membre de l’opposition, ont fait volte-face.

 

La nouvelle équipe gouvernementale mise en place au Gabon ce week-end se voulait une grande réconciliation politique, afin de paver la voie et de soutenir une probable candidature de l’actuel chef de l’État à la présidentielle de 2016. Ali Bongo Ondimba (ABO) a finalement remanié le gouvernement gabonais vendredi 11 septembre, et à sa composition, on pouvait deviner qu’il a impliqué un grand remue méninges. « Rien n’a été fait par hasard. Nous entrons effectivement dans la campagne », estime un proche du chef de l’État.

 

Jean de Dieu Moukagni-Iwangou devait être le plus beau trophée du nouveau gouvernement. Mais le président en exercice du Front uni de l’opposition pour l’alternance, la branche radicale de l’opposition gabonaise, a retiré son accord. Il faut dire que sa nomination au poste de ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, avait surpris tout le monde, car c’est le seul opposant qui accable Ali Bongo sur le dossier de son acte de naissance, présumé faux, et le dossier des biens mal acquis. Forte tête il n’avais jamais annoncé ou agencé un rapprochement avec la présidence.

 

C’est tard dans la nuit qu’il a d’abord donné le signal sur sa page Facebook. Puis il a animé une conférence de presse dans la matinée de samedi 12 septembre, au cours de laquelle il a été clair : « Non, non et non à l’entrée au gouvernement. » Jean de Dieu Moukagni-Iwangou assure qu’il a été promu « malgré lui. » Réaffirmant comme jamaiss on opposition, il appelle le peuple à rejeter en bloc le nouveau gouvernement et sa politique : « Mon refus doit être votre refus de ce régime, qui nous avilie et qui doit être destitué. »

 

Le patron de la faction « loyaliste » de l’Union du peuple gabonais (UPG), qui est aussi le chef de file du Front uni de l’opposition l’alternance (Fuopa), était une prise de choix pour la majorité. Elle décapitait ainsi l’opposition déjà en minée par une guerre de chefs tout en neutralisant ce magistrat procédurier au verbe haut. « Il avait été consulté et avait dit oui. Nous avons négocié et l’avons fait revenir de France où il séjournait. Il se dit victime de menaces pour justifier sa rétractation », assure pourtant la présidence.

 

Le gouvernement réuni en Conseil des ministres samedi a pris acte de ce désistement, et Iwangu a finalement été remplacé au même poste par son principal ennemi, Mathieu Mboumba Nziengui, chef de file d’une autre tendance de l’UPG, qui lui dispute l’héritage de Pierre Mamboundou. L’autre fait notable est le retour au gouvernement de plusieurs vétérans de l’époque de Bongo père. Ils ont été recrutés dans des provinces où le Parti au pouvoir veut susciter le maximum de votes favorables. Ainsi de Paul Biyoghé Mba, ex-Premier ministre sous ABO, qui rongeait son frein à la tête du Conseil économique et social est nommé vice-Premier ministre chargé de la Santé, de la Prévoyance sociale et de la Solidarité nationale.

 

Plus surprenant : un second désistement dans les gouvernement de campagne, cette fois moins hostile a Ali Bongo Ondimba : Jean-Robert Endamane. Pourtant à peine plus qu’un éphémère ministre délégué à l’Urbanisme et au Logement, membre du PDG (le parti présidentiel) qui plus est, il a affirmé, en rendant son tablier, que ni son parti ni lui-même n’avaient été préalablement consultés.

 

 

Publié le 15 septembre 2015 à 14 h 57 min par Mathilde Grandjean

Laisser un commentaire