Reprise tumultueuse du procès Hissène Habré

Reprise tumultueuse du procès Hissène Habré

Ce mardi 8 septembre avait lieu la deuxième journée du procès d’Hissène Habré à Dakar. L’ancien président est notamment jugé pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre durant son règne sur le Tchad entre 1982 et 1990. Après une interruption de 45 jours, Habré a à nouveau refusé de comparaître, et a du être amené de force à la barre.

 

Hissène Habré s’en emmuré dans le silence. L’ex-chef d’Etat tchadien a une nouvelle fois été forcé à comparaître manu militari devant les Chambres africaines extraordinaire (Cae). Il était maintenu de force par quatre surveillants pénitentiaires. Son entrée au tribunal a tourné au pugilat : les partisans de Hissène Habré ont dénoncé son arrivée forcée à la barre, avant que certains ne soient exclus du tribunal. Son procès de a repris ce mardi 8 septembre, avec la lecture de l’acte d’accusation, à l’attention de l’accusé. Le greffier des Chambres africaines extraordinaire (Cae) donne des détails de l’ordonnance de renvoi qui fait 187 pages.

 

Toujours vêtu d’un boubou et d’un turban blancs, Hissène Habré a vitupéré la Cour, « organisme illégal, hors la loi » et crié « A bas l’impérialisme ! » Persistant dans sa guérilla judiciaire, il rejette depuis le début de son procès tout contact avec les trois avocats commis d’office par la Cour, qui avait ajourné le procès pour permettre à ces avocats de prendre connaissance du dossier. En détention depuis deux ans au Sénégal, où il a trouvé refuge en décembre 1990 après avoir été renversé par l’actuel président tchadien Idriss Deby Itno, Hissène Habré est poursuivi pour « crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture. » Il encourt entre 30 ans de prison ferme et les travaux forcés à perpétuité.

 

Dès la reprise du procès de Hissène Habré le 7 septembre 2015 à Dakar, la presse africaine a massivement condamné l’attitude de Hissène Habré face à la Cour. Le quotidien Aujourd’hui au Faso considère qu’il « se comporte comme un enfant gâté qui refuse la corvée de la douche [lorsqu’il] a dû être trimbalé comme un pantin jusqu’au box des accusés pour faire face à son hideux passé, » jouant à des « jeux puérils. » Le site d’information Fasozine, lui « ne peut que déplorer son manque de courage et de dignité. » Pour la quasi-totalité de la presse, Habré n’est pas une victime.  » n refusant de répondre aux juges, il montre qu’il ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort. Il reste constant dans le mépris de ses victimes. C’est bien cela qui est encore plus triste. »

 

Malgré les tentatives de Habré de saboter son procès, des journaux africains tel que le site guinéen Ledejely.com sont d’accord pour dire que « la machine judiciaire est lancée de manière irréversible » et que ce procès est « un message à l’endroit de tous les dirigeants africains qui, aujourd’hui, au sommet de leur toute puissance, s’imaginent qu’ils ont un droit de vie et de mort sur leurs peuples respectifs. Pour eux, ce procès est un avertissement. Le journal sud-africain The Citizen considère également que « ce procès est historique car c’est la première fois qu’un africain est jugé par une Cour africaine pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité […] L’Union africaine présente ce procès comme la preuve qu’elle ne tolèrera pas l’impunité même pour des leaders. »

 

Pour Clément Abaïfouta, le président de l’association des victimes d’Hissène Habré, la stratégie choisie par l’ancien président est celle de la défaite. « Sa stratégie ne paye pas en ce sens que ça n’empêche pas que le processus suive son cours, note-t-il. Notre satisfaction, c’est qu’il est resté et qu’il a entendu toutes les accusations. Je crois que ça, c’est vraiment une victoire pour nous. » S’il est resté silencieux pendant la lecture de l’acte d’accusation, Hissène Habré ne restera peut-être pas de marbre lors de son interrogatoire.

 

Le procès devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), tribunal spécial créé en vertu d’un accord entre le Sénégal et l’Union africaine (UA), doit servir de test pour la lutte contre l’impunité sur le continent, où la Cour pénale internationale est fréquemment accusée de ne poursuivre que des dirigeants africains. Le procès devra déterminer s’il a ou non personnellement ordonné la mort et la torture de milliers d’opposants politiques ou de membres d’ethnies rivales. Jusqu’à peu avant sa chute, Hissène Habré a bénéficié du soutien américain et français contre la Libye du colonel Mouammar Kadhafi. La répression sous son régime (1982-1990), exercée en particulier par la très redoutée Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), sa police politique, a fait 40 000 morts, selon les estimations d’une commission d’enquête tchadienne.

 

Publié le 9 septembre 2015 à 12 h 35 min par Mathilde Grandjean

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