Bosco Ntaganda face aux juges de la Cour pénale internationale

Bosco Ntaganda face aux juges de la Cour pénale internationale

Le procès qui s’est ouvert hier à La Haye est unique. Il voit un ancien chef de guerre puis général de l’armée congolaise, Bosco Ntaganda, répondre à une série de chefs d’accusation dans des crimes sexuels commis à l’encontre d’enfants soldats. Les victimes attendent des réparations morales et financières, mais ce procès est aussi l’occasion de démontrer que nul n’est intouchable malgré ses fonctions importantes. Retour sur un procès longtemps attendu.

 

« Terminator » est dans le box des accusés. Plus de dix années après les faits terrifiants qui se sont déroulés en RDC, celui qui avait été surnommé Terminator en raison de sa cruauté doit répondre à pas moins de dix-huit chefs d’accusation. L’ancien général de l’armée est accusé d’avoir commandité et perpétrés des atrocités entre 2002 et 2003 dans le nord de la RDC. Se présente devant lui (directement ou par le biais de représentants) 2 150 victimes dont 300 enfants embrigadés de force et soumis à des sévices sexuels. A la tête des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC) au moment des faits, Bosco Ntaganda avait été promu au poste de général en 2009 suite à un accord de paix passé en 2009 (dans le plus grand secret).

 

Les victimes demandent aujourd’hui réparation et sont soulagées de voir leur ancien bourreau face aux juges du tribunal de La Haye, mais le procès risque d’être un long et pénible marathon qui n’effacera pas toutes les traces et l’héritage empoisonné laissé par Bosco Ntaganda. Le Monde met ainsi l’accent sur un aspect moins macabre, mais tout aussi condamnable par la justice qui ne sera pourtant pas pris en compte lors du procès. Celui du racket, de la contrebande et de l’enrichissement d’un chef de guerre à la fibre affairiste plutôt violente. Le général a profité de sa mainmise sur la région frontalière avec le Rwanda pour truster les opérations de contrebande dans la région. Principale ressource ponctionnée : le minerai. Une véritable machine à cash grâce à des réseaux très bien organisés.

 

Si l’homme doit aujourd’hui rendre des comptes, l’immunité de certaines personnes au passé ou au présent plus que trouble rappelle que la partie n’est pas encore gagnée. Les victimes de Bosco Ntaganda attendent une condamnation – laquelle, si elle doit être prononcée, sera longue à venir en raison de la procédure – et les associations espèrent au-delà du cas emblématique de l’ancien officier que cela servira de mise en garde contre tous ceux qui bafouent les lois et la dignité humaine. Les fils du mystère Ntaganda sont encore à démêler, mais nul doute qu’il ne s’agira pas d’un procès pour rien.

Publié le 3 septembre 2015 à 10 h 02 min par Jean-Yves Denis

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