Boko Haram : l’armée nigériane annonce la reprise de la ville stratégique de Gamboru

Boko Haram : l’armée nigériane annonce la reprise de la ville stratégique de Gamboru

L’armée nigériane a annoncé mardi avoir repris la ville de Gamboru Ngala aux mains des insurgés islamistes de Boko Haram. Début février, des troupes tchadiennes passées par le Cameroun avaient chassé Boko Haram de la ville-frontière. Mais peu après, les militants islamistes étaient revenus et s’étaient de nouveau emparé de ce noeud économique et stratégique. Cette victoire est un autre coup dur pour l’organisation terroriste.

 

Le porte-parole de l’armée nigériane, le colonel Sani Kukasheka Usman, a annoncé mardi que ses forces avaient pu reprendre le contrôle de la ville clé de Gamboru, jusqu’alors occupée par les combattants de la secte islamiste Boko Haram. « Après cette victoire, les troupes sont occupées à sécuriser la ville et mettre en place des patrouilles », a ajouté le communiqué de l’état-major de l’armée. Des résidents de la ville jumelle camerounaise de Fotokol, seulement séparée de Gamboru Ngala par un long pont, ont confirmé une intervention militaire nigériane.

 

Un chasseur-bombardier de l’armée de l’air nigériane a largué au moins six bombes sur des positions indéterminées à Gamboru Ngala lundi après-midi, ont indiqué des habitants de Fotokol contactés par l’AFP. « Ce ne serait pas une surprise si les troupes nigérianes avaient repris Gamboru, après les bombardements d’hier » (lundi), a affirmé à l’AFP Karim Idrissa, un habitant de Fotokol. C’est désormais chose faite.

 

En août 2014, les islamistes de Boko Haram avaient attaqué par surprise la principale caserne à Gamboru Ngala. Il s’étaient ensuite emparés de la ville, située non loin du lac Tchad, provoquant une fuite massive de réfugiés à travers la frontière. En février dernier, les troupes tchadiennes passées par le Cameroun avaient temporairement repris le contrôle de cette ville-frontière. Mais peu après, les militants islamistes étaient revenus et s’étaient de nouveau emparés de Gamboru Ngala qu’ils tenaient depuis.

 

Depuis le début de l’année, les forces militaires du Nigeria, du Tchad et du Cameroun ont infligé de sérieux revers militaires aux djihadistes qui ont été chassés de nombreux centres urbains qu’ils avaient conquis. Le groupe dirigé par le chef de guerre Abubakar Shekau est combattu aussi bien par l’armée nigériane, mais aussi par les troupes tchadiennes, nigériennes, et camerounaises. Contraint au repli et à une stratégie de guérilla face à la coalition régionale, le groupe a il y a quelques mois prêté allégeance à l’Etat Islamique, cherchant un soutien financier et logistique.

 

Plusieurs spécialistes du groupe islamiste avaient annoncé, il y a quelques semaines, l’arrivée à la tête de l’organisation de Mahamat Daoud, un commandant militaire du groupe, à la place d’Abubakar Shekau. Le leader historique fait face à une contestation interne depuis sa décision de prêter allégeance à l’EI. Dans une analyse écrite sur le site African Arguments, Fulan Nasrullah, un analyste militaire nigérian, expliquait que Mahamat Daoud, le soi-disant nouveau chef du groupe armé, était l’élève spirituel d’un des fondateurs – et tête pensante – de Boko Haram et qu’il représentait la faction qui en interne rejetait les choix d’Abubakar Shekau.

 

Quelques jours après ces rumeurs, un enregistrement audio dans lequel Sekau affirmait être toujours le leader exclusif de Boko Haram était diffusé par le groupe terroriste. Un retournement de situation qui n’efface pourtant pas les rivalités qui opposent les différentes factions armées de Boko Haram. Le signe visible de ces déchirements en interne, est la volonté de certains rebelles de négocier un accord de paix avec les troupes régulières des pays de la région – Cameroun, Nigeria, Tchad – impliqués dans l’offensive militaire contre les positions de Boko Haram. Certains combattants de l’organisation sont en effet attirés par les retombées financières promises en cas de réédition – de nombreux ex-rebelles de milices d’Afrique centrale se sont enrichis de la sorte ces dernières décennies.

 

Le groupe a vu le jour en 2002. Mais au départ il ne s’attaquait qu’aux symboles étatiques, refusant une autre autorité que celle d’Allah. Depuis 2009, Boko Haram a pris les armes, et a tué plus de 15.000 personnes et fait plus d’un million et demi de déplacés dans le nord-est du Nigeria. L’organisation armée a massacré des populations entières, pillant des villages, abatant tous ceux qui se dressent sur son passage, ensanglantant le nord du pays.

 

Publié le 2 septembre 2015 à 16 h 16 min par Emmanuel Samba

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