Lutte contre Boko Haram : deux journalistes arrêtés

Lutte contre Boko Haram : deux journalistes arrêtés

Deux journalistes ont été arrêtés au Cameroun car soupçonnés d’intelligence avec Boko Haram. Si l’un deux, Simon Ateba, a été libéré après une semaine de détention, Ahmed Abba est toujours retenu sans que l’on sache exactement où il se trouve et sans accès aucun à un avocat. Une situation anormale dénoncée par l’ensemble des journalistes de la région qui exige la libération de leur confrère.

 

La lutte contre un ennemi mortel comme Boko Haram a souvent des effets pour le moins négatifs et dangereux. L’Etat se raidit et se sont les libertés qui sont menacées. L’arrestation de deux journalistes faisant pourtant leur travail avec le plus grand professionnalisme témoigne de cette tension à l’heure où la lutte contre Boko Haram semble enfin porter ses fruits, mais où la peur des attentats est omniprésente. Soupçonné d’intelligence avec Boko Haram, deux journalistes ont été interpellés par les autorités camerounaises malgré l’absence totale de fondement des accusations.

 

Le président du Syndicat national des journalistes du Cameroun, Denis Nkwebo, a souligné que Simon Ateba est un journaliste bien connu et estimé de ses pairs tant au Cameroun qu’au Nigeria. « Nous avons demandé aux autorités camerounaises de libérer immédiatement et sans condition Simon Ateba. Au nom de la lutte contre Boko Haram, on ne peut pas faire peser une accusation ridicule et aussi grave, sur un journaliste reconnu pour son professionnalisme. Et même s’il n’est pas basé au Cameroun, c’est quand même un journaliste camerounais qui fait la fierté de notre pays au Nigeria ».

 

Finalement libéré au bout d’une semaine de détention, le journaliste aurait commis la faute d’avoir réalisé un reportage dans un camp de réfugiés sans accréditation. Simon Ateba avait pourtant prévenu les autorités de son intention de se rendre sur le site et aucune interdiction ne lui avait été signifiée. Denis Nkwebo enfonce le clou en déclarant que « le camp de réfugiés où M. Simon Ateba s’est rendu pour enquêter est sous le contrôle du HCR. Donc les autorités camerounaises ne peuvent pas accuser un journaliste d’espionnage, parce qu’il est allé dans un camp de réfugiés, placé sous contrôle international pour interroger les réfugiés nigérians sur leurs conditions de vie dans le camp ».

 

Si la faute des autorités camerounaises ne semble faire aucun doute, que dire de l’arrestation d’Ahmed Abba, correspondant au Cameroun du service Haussa de Radio France Internationale ? Lui aussi soupçonné d’intelligence avec Boko Haram il est détenu au secret et ne bénéficie d’aucune règle de droit fondamental comme la présence d’un avocat. Cette situation extra-judiciaire qui dure depuis le 30 juillet dernier est vivement dénoncée par les journalistes à commencer par RFI et RSF. La lutte contre Boko Haram doit se faire pour préserver les libertés et non pas les bafouer.

Publié le 31 août 2015 à 10 h 05 min par Marc Lallemand

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