Centrafrique : un pays toujours divisé à l’approche des élections

Centrafrique : un pays toujours divisé à l’approche des élections

Depuis une semaine, la violence bat à nouveau le pavé en Centrafrique. De violents affrontements intercommunautaires ont lieu depuis jeudi 20 août dans les environs de Bambari, au centre de la République centrafricaine (RCA). Ces heurts font suite au meurtre d’un jeune musulman, abattu par un groupe identifié comme anti-balaka (miliciens d’autodéfense majoritairement chrétiens). Le bilan provisoire des représailles fait état de 15 morts et 20 blessés.

 

Tout est parti de la mort d’un jeune musulman tué par des miliciens anti-Balaka. Cet assassinat a mis le feu aux poudres, et lors des affrontement, deux humanitaires dont un expatrié européen ont été pris à partie et blessés et 10 personnes ont perdu la vie à Bambari, dans le centre du pays. Cette tuerie de masse entre communautés musulmanes et chrétiennes n’est pas la première du genre. Le pays en a connu depuis la chute du régime de François Bozizé, en mars 2011. Depuis mars 2013, la RCA s’est vue secouée par un profond conflit intercommunautaire opposant Séléka et anti-Balaka, ayant fait des centaines de morts dans les deux camps et obligé plusieurs musulmans à quitter vers les pays voisins, fuyant les exactions des anti-Balaka.

 

Le calme s’est, progressivement, rétabli à Bambari (Centre-est de la RCA) après le regain de violence enregistré jeudi (20 août). Les habitants de la rive droite de la rivière Ouaka qui coupe en deux la ville de Bambari, commencent à regagner, progressivement les sites de déplacés qu’ils ont désertés à l’issue des affrontements. En dehors de la capitale Bangui qui connaît un calme relatif, le reste du pays est constamment en proie aux groupes armés, chefs de guerre et aux bandits de tout poil qui y exercent une autorité féodale. D’est en ouest, il existe de facto des « zones rouges », où se multiplient les braquages et les extorsions.

 

La sécurité, nécessaire au recensement et au processus électoral, est loin d’être rétablie. Celle-ci « s’améliore partiellement dans la capitale, et en général dans l’ouest, mais reste volatile dans le reste du pays », note le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU. Condamnant le drame qui a frappé la ville de Bambari, Ferdinand Alexandre Nguendet, Président du Conseil national de transition, a déclaré à Anadolu: « envisager le redéploiement des forces armées centrafricaines (FACA) », faisant au passage remarquer que la tenue d’élections calmes et apaisées sera difficile dans certaines parties du pays où « des groupes armés incontrôlés continuent de semer la violence et à tuer » jugeant que « la solution réside dans le déploiement des Forces armées sur toute l’étendue du territoire national.

 

Les violences démontrent l’instabilité qui prédomine toujours en RCA, alors que les Centrafricains sont appelés, à l’automne, à approuver le projet de Constitution, puis à choisir leurs représentants. Ces élections, initialement prévues en novembre 2014, ont été par deux fois ajournées. Sous la pression de la communauté internationale, les autorités ont finalement fixé au 18 octobre le premier tour des législatives et de la présidentielle. Alors que l’échéance se rapproche, aucune candidature n’a encore été validée par les autorités centrafricaines. Supposé s’ouvrir le 9 août, le dépôt des candidatures a été reporté sine die, faute de découpage électoral, et en attendant l’adoption des dispositions dérogatoires au code électoral de 2013.

 

Deux mois après la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) du 25 mai, le chef d’Etat gabonais Ali Bongo, président en exercice de la CEEAC, vient de signer l’acte de prorogation du régime de transition centrafricain jusqu’au 30 décembre. La CEEAC et ses membres influents accordent encore quatre mois de répit à la présidente de transition Catherine Samba-Panza pour organiser ces élections législatives et présidentielle.

Publié le 26 août 2015 à 14 h 48 min par Mathilde Grandjean

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