Procès Munyeshyaka : un non-lieu requis qui stupéfait les parties civiles

Procès Munyeshyaka : un non-lieu requis qui stupéfait les parties civiles

Le procès du père Wenceslas Munyeshyaka qui se tient à Paris a réservé une forte et désagréable surprise pour les parties civiles. Le Parquet de Paris a requis un non-lieu alors que les témoignages et les recoupements qui montrent l’implication du prêtre dans le génocide rwandais s’accumulent depuis 1995. L’accusation est stupéfaite et promet qu’un revers ne signifierait pas la fin de l’action en justice contre celui qu’elle juge complice de la mort de plusieurs milliers de Tutsis.

 

Le génocide rwandais est devenu une affaire hautement politique en France et l’on manie le sujet avec des pincettes. C’est d’ailleurs pourquoi l’ouverture de la procédure contre Wenceslas Munyeshyaka a été si longue. Malgré une première plainte déposée en France – lieu où s’est réfugié le prêtre – en 1995, la procédure judiciaire ne sera vraiment entamée qu’en 2012 après la création du pôle génocide. Entre temps, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour « retard apporté à rendre la justice » (2004). Autant dire que la volonté de juger le père Munyeshyaka n’a jamais été forte.

 

L’accusation a finalement eu gain de cause et le procès qui s’est ouvert devait solder un épisode macabre de l’histoire récente du Rwanda. 18 000 Tutsis venus trouver refuge dans sa paroisse de Sainte-Famille ont été tués. Les parties civiles dénoncent une complicité de crime alors que la défense argue que le père a tout fait pour sauver les victimes au risque d’être lui-même la cible des assassins. Le Parquet de Paris a tranché comme suit : « S’il ressort des investigations que le rôle de Wenceslas Munyeshyaka durant le génocide de 1994 a pu susciter de très nombreuses interrogations […], l’instruction n’a pas permis, au final, de corroborer de façon formelle des actes précis et certains d’une participation active ».

 

La déception et l’incompréhension des parties civiles sont grandes. Pour maître Michel Laval l’avocat du collectif des parties civiles pour le Rwanda : « on va reprendre le dossier de manière très méthodique. Nous considérons que nous avons dans le dossier un bon nombre d’éléments qui vont nous permettre de nous inscrire en contradiction totale avec les constatations du procureur et donc on va le faire savoir dans le délai que la loi nous prescrit ». Son confrère maître Jean-Yves Dupeux se réjouit de cette annonce : « ce sont des réquisitions qui dans les explications peuvent avoir un côté politique, mais il n’en reste pas moins que c’est une bonne justice qui est appliquée. Il n’y a pas de charges et il n’est pas légitime de renvoyer Wenceslas devant la cour d’assises de Paris ». Affaire à suivre – si la justice française ne sombre pas dans des manœuvres politiques pour ne pas attiser les tensions entre Kigali et Paris.

Publié le 25 août 2015 à 10 h 05 min par Emmanuel Samba

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