La Société Générale épinglée dans le dossier Obiang

La Société Générale épinglée dans le dossier Obiang

Nouveau rebondissement dans l’affaire des « biens mal acquis » par le fils du président équato-guinéen, Teodorin Obiang. Dans ce dossier de détournement présumé les fonds publics auraient transité par des comptes d’une filiale de la banque française Société générale. La banque a été placée sous le statut de témoin assisté, a annoncé une source judiciaire, lundi 3 août.

 

Depuis mars 2014, Teodorin Obiang, vice-président de la Guinée équatoriale, est inculpé pour blanchiment de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et abus de confiance. La justice française s’intéresse donc à ses avoirs : un patrimoine immobilier et mobilier estimé à plusieurs centaines de millions d’euros. Âgé de 46 ans et actuellement deuxième vice-président de la République de Guinée, Teodorin Obiang a été mis en examen en mars 2014 pour blanchiment de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et abus de confiance. En cause, ses dépenses somptuaires : voitures de luxe, jet privé, hôtel particulier avenue Foch à Paris dont la perquisition a nécessité deux jours, une villa à Malibu en Californie…

 

La Société Générale a été placée sous le statut de témoin assisté dans cette affaire dite des « biens mal acquis », un dossier de détournement présumé de fonds publics dans lequel les enquêteurs prêtent un « rôle prépondérant » à la banque. Cette dernière aurait ouvert des comptes bancaires au nom de Téodorin Obiang mais aussi à celui de sociétés avec lequel ce dernier était lié, comme la Somagui Forestal qui exploite les bois précieux. Près de 100 millions d’euros auraient transité sur le compte du dirigeant et plus de 60 millions d’euros sur celui de Somagui Forestal entre 2007 et 2010. La SGBGE avait été acquise à la fin des années 1990 par la Société générale, au moment où apparaissait le potentiel économique de la Guinée Equatoriale lié à la découverte de pétrole offshore mais où l’immense majorité de la population reste très pauvre. La famille du président Teodoro Obiang avait conservé des parts dans le capital de la banque et un rôle prééminent dans sa direction.

 

La SGBGE, filiale de la Société Générale, qui a ouvert plusieurs comptes bancaires au nomde Teodorin Obiang mais aussi de sociétés avec lesquelles celui qui fût ministre de l’Agriculture et des Forêts, est liée, comme la Somagui Forestal. Cette entreprise guinéenne est chargée de l’exploitation du bois précieux qui représente avec le pétrole l’une des principales richesses du pays. Les enquêteurs, qui ont perquisitionné le siège de la Société Générale à La Défense, ont retrouvé des mails internes montrant, selon la source, que la problématique du risque opérationnel lié au fonctionnement du compte de Téodorin Obiang a clairement été évoquée dans les années 2005 et 2006. Une fermeture du compte est alors évoquée, mais aucune décision en ce sens ne sera finalement «prise par la direction de la Société Générale.

 

« C’est une bonne nouvelle qui va dans l’ordre des choses de la justice », estime Antoine Dulin, auteur en 2007 avec Jean Merkaert d’un rapport pour le CCFD sur ce que l’on appelle les « biens mal acquis », autrement dit des détournements d’argent public par des chefs d’Etat, notamment en Afrique. La Société générale « poursuivra naturellement sa coopération avec l’institution judiciaire » a indiqué la banque française qui ne souhaite pas commenter la décision. En octobre 2014, Teodorin Obiang avait accepté de renoncer à 30 millions de dollars d’avoirs aux Etats-Unis, dans le cadre d’un accord passé avec le gouvernement américain qui le poursuivait pour corruption.

 

Publié le 7 août 2015 à 14 h 12 min par Marc Lallemand

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