L’Etat Tchadien face à la menace terroriste de Boko Haram

L’Etat Tchadien face à la menace terroriste de Boko Haram

Le marché central de N’Djamena a été la cible, samedi, d’un attentat-suicide faisant au moins 15 morts. L’attaque a été revendiquée par le groupe islamiste Boko Haram sur le réseau social Twitter. Le mesures de sécurité se sont multipliées au lendemain de l’attaque, mais rappelons que la bataille contre la secte ne sera pas uniquement gagnée par les armes, amis également par l’éduction et des mesures sociales.

 

Samedi matin, un kamikaze déguisé en femme a déclenché sa ceinture d’explosifs dissimulée sous son voile intégral, faisant au moins 15 morts et 80 blessés sur le marché central de N’Djamena. Alors que l’armée tchadienne est en première ligne dans l’opération militaire contre Boko Haram, les attentats meurtriers se multiplient à N’Djamena depuis la mi-juin. En un mois, trois attentats ont coûté la vie à plus de 60 personnes, malgré des mesures de sécurité renforcées dans la capitale. L’inquiétude régnait dimanche au milieu des rares étals où quelques commerçants avaient repris leur activité. Forces de police et soldats sont déployés dans toute la ville, sur les grandes artères, aux carrefours, dans les marchés et devant les mosquées. Après la mise en place d’une cellule de crise, le Premier ministre avait aussi lancé une série de mesures afin de renforcer la sécurité dans le pays. La circulation des véhicules aux vitres teintées a été formellement interdite.

 

Pour le porte-parole de la police nationale, Paul Manga, « cet attentat vient confirmer que l’interdiction du port » du voile intégral est « une mesure salutaire pour tous et doit être respectée plus que jamais par toute la population ».Après le double attentat de juin, le gouvernement avait interdit par mesure de sécurité le port du voile intégral dans ce pays majoritairement musulman, mais l’interdiction n’était que partiellement respectée. Le port du voile islamique intégral était devenu relativement courant depuis quelques années dans les rues de N’Djamena. »Désormais, toute personne qui refuse de se soumettre à la loi sera automatiquement arrêtée et traduite devant la justice », prévient Paul Manga. Boko Haram a perpétré de nombreux attentats-suicide au Nigeria depuis six ans, utilisant notamment des femmes kamikazes dissimulant des explosifs sous leurs vêtements. « Je suis indigné par ce qui vient de se passer, c’est inhumain, un musulman ne peut pas se permettre de tuer des innocents en ce mois saint de ramadan », se lamente le sultan de Ndjamena, Kachallah Kasser. « Nous les chefs traditionnels, allons sensibiliser nos populations à la vigilance et à dénoncer toute personne suspecte », assure-t-il.

 

Le groupe islamiste nigérian Boko Haram a revendiqué sur Twitter ce nouvel attentat. La revendication, faite sur Twitter, était signée « État Islamique, Province d’Afrique de l’Ouest », appellation que se donne Boko Haram depuis qu’il a fait allégeance en mars dernier au groupe État Islamique (EI). La multiplication des attentats à N’Djamena porte le sceau reconnaissable de la vengeance. En effet, depuis janvier, le Tchad a déclaré la guerre à Boko Haram. Plus de 5000 Tchadiens se battent contre la secte au Nigeria, au Cameroun et au Niger et autant d’hommes s’affairent à sécuriser la zone du lac Tchad. Début août, c’est à N’Djamena que prendront place les quartiers officiels de l’état major de la Force mixte internationale, dont le but est d’éradiquer les insurgés. Samedi matin à Maiduguri, la capitale et principale ville de l’État de Borno, dans le Nord-Est du Nigeria, deux kamikazes ont fait deux morts en visant une gare routière bondée, où ils ont percuté un bus. L’attentat a été également revendiqué par Boko Haram. Ces attaques soulignent la capacité de nuisance du groupe islamiste, malgré les succès militaires de ces derniers mois par l’opération régionale qui le combattent.

 

Mais, pour gagner cette guerre idéologique, il faut quelque chose de plus que la force : il faut de l’intelligence. Le gouvernement doit monter des programmes concrets afin d’aider les jeunes Tchadiens à sortir du chômage. De leur donner des perspectives d’avenir. Ainsi les brebis égarées ne tomberont plus dans les griffes du groupe, plein de promesses sur une après-vie, qui charment les plus démunis. Il faut également contrôler le financement des associations religieuses afin d’asphyxier le groupe. A terme, il faudra identifier qui finance Boko Haram, et détruire ces réseaux afin de paralyser l’action du groupe. Il faut enfin, contrôler l’enseignement religieux, encadrer la formation des imams par un cursus bien défini. Ne peut s’autoproclamer imam n’importe qui, n’importe comment. Il faut redonner de la visibilité à l’islam tchadien, confrérie “soufie”, “tidjania”,tolérant et paisible. Les archaïsmes de Boko Haram vennent de dérives de l’islam wahhabite, conquérant et agressif, qui peu à peu tente de supplanter l’islam des origines. Seule certitude : la solution à ce mal ne peut être uniquement militaire.

 

 

Publié le 16 juillet 2015 à 10 h 11 min par Emmanuel Samba

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