Paul Kagame répond à ses détracteurs

Paul Kagame répond à ses détracteurs

Les dernières semaines ont été quelque peu difficiles pour le président rwandais Paul Kagame. Lâché par les Etats-Unis qui ne veulent pas d’une modification de la Constitution qui permettrait au président en fonction de se représenter devant les électeurs, Paul Kagame – en froid depuis longtemps avec la France – vient d’étriller François Hollande. Les ONG sont également visées par un président rwandais décidément très offensif vis-à-vis de ceux qui doutent de sa politique.

 

L’éventuel révision de la Constitution rwandaise n’est pas un sujet uniquement rwandais. Et c’est ce que déplore Paul Kagame qui en a assez de voir des puissances étrangères donner leur avis sur la question, et ce d’autant plus que les points de vue divergent. Un premier débat s’est tenu le 5 juin au Parlement pour traiter de ce sujet et un second est attendu le 4 août. Aujourd’hui, Paul Kagame est dans l’impossibilité d’exercer un troisième mandat car l’article 101 de la Constitution rwandaise ne permet pas d’aller au-delà de deux mandats. Les Etats-Unis avaient fait savoir début juin qu’ils étaient « engagés à soutenir une transition pacifique et démocratique en 2017 vers l’élection d’un nouveau dirigeant par le peuple rwandais ».

 

Cette prise de position excluant de facto un nouveau mandat pour le président rwandais en exercice a été très mal accueillie à Kigali. Les Etats-Unis, alliés jusque-là fidèles de M. Kagame ne sont pas les seuls à s’être attirés ses foudres. Dans une interview accordée à Jeune Afrique, le président déclare : « Depuis trois ou quatre ans, des médias, des chancelleries, des ONG étrangères donnent la fâcheuse impression d’être obsédés par cette question, comme si les affaires intérieures de ce pays les concernaient plus que la population elle-même. Maintenant, c’est vrai, le temps est venu pour nous de débattre, démocratiquement, sereinement et en toute indépendance. Les conclusions en seront tirées par les Rwandais et par eux seuls. Nous n’avons pas la prétention de dire qui doit diriger la France ou les États-Unis ; la réciproque doit être vraie […] Nous ne nous sentons pas visés par ce genre de leçons. Nul ne peut nous dicter notre conduite ».

 

Les ONG étrangères présentent sur le sol rwandais font les frais d’une volonté (supposée) de peser sur le débat politique intérieur. Et Paul Kagame d’affirmer : « En réalité, quand Freedom House et d’autres ONG prétendent évaluer le degré de liberté au Rwanda, elles le font en fonction d’une conception occidentale restrictive de cette notion. Pour nous Rwandais, il n’est pas de liberté sans la liberté de se soigner, d’être éduqué, logé, nourri, éclairé, et il n’est pas de liberté sans égalité entre hommes et femmes ». Dernière cible dans le viseur d’un président visiblement agacé : la France. Les relations glaciales entre les deux pays ne risquent pas de se réchauffer après la réception du message de François Hollande à l’occasion de la fête nationale rwandaise. L’appel à « poursuivre le développement dans le respect de ses institutions et des libertés fondamentales » a été perçu comme une attaque personnelle. Un positionnement qui n’a fortement déplu au président Kagame qui a réaffirmé sa vision du rôle coupable de la France dans le génocide de 1994.

Publié le 14 juillet 2015 à 10 h 05 min par Marc Lallemand

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