Joseph Kabila écarte une médiation étrangère du dialogue national en RDC

Joseph Kabila écarte une médiation étrangère du dialogue national en RDC

Le message à la nation du président Joseph Kabila Kabange à l’occasion de la célébration mardi 30 juin du 55ème anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC) était claire : le Président qui souhaite vraisemblablement modifier la constitution afin de briguer un troisième mandat a fermé la porte à toute forme de médiation étrangère dans le « dialogue national » qu’il a proposé.

 

Dans un message diffusé lundi 29 juin par la télévision publique, Joseph Kabila a affirmé que « l’écrasante majorité » des Congolais qui se sont déjà exprimés sur le sujet « souhaite que dans l’éventualité du dialogue, celui-ci soit mené sans ingérence étrangère, à travers un nombre limité de participants, et pour une durée relativement courte. » Le président de la République démocratique du Congo, qui s’exprimait à la veille de la fête nationale, faisait là référence aux résultats provisoires des consultations qu’il a lancées avec « les forces vives de la Nation » au début du mois de juin, pour un éventuel « dialogue national » en vue des élections à venir à la fin de 2016. Après avoir reçu représentants religieux ou politiques à Kinshasa, le chef de l’État a laissé les consultations se poursuivre dans le pays, sous la férule des gouverneurs des provinces, qui lui ont remis leur rapport il y a quelques jours.

 

A 17 mois de la fin de son mandat, beaucoup de Congolais attendaient que Kabila se prononce ouvertement et annonce officiellement ses projets de réforme, mais il a évité le sujet, préférant exclure la médiation internationale pour sortir le pays de la crise politique qu’il traverse. Joseph Kabila a par ailleurs rejeté en bloc les revendications de l’opposition et les dernières recommandations des évêques catholiques ayant suggéré l’interversion du calendrier électoral. Pour l’instant, le calendrier fixé par la Commission électorale nationale indépendante (Céni) prévoit une série de scrutins, dont des élections locales, cette année, au mois d’octobre et une dernière échéance, la présidentielle, au mois de novembre 2016. Un calendrier chargé et trop compliqué à tenir pour l’opposition. Selon le calendrier rendu public par la Céni, en février, les élections locales et provinciales sont prévues en octobre 2015, les législatives de la présidentielle le 27 novembre 2016.

 

L’opposition réclame de longue date un dialogue politique alors que le pays est sous tension à l’approche d’un cycle d’élections devant s’achever en novembre 2016 avec la présidentielle. Mais la même opposition soupçonne M. Kabila, au pouvoir depuis 2001, de chercher à s’accrocher à tout prix au pouvoir. En l’état actuel de la Constitution congolaise, Joseph Kabila – élu en 2006 et réélu en 2011 – ne peut pas briguer un nouveau mandat en 2016. Plus l’échéance approche, plus le climat politique devient tendu à Kinshasa. Mais la même opposition apparaît désunie face au dialogue proposé par le chef de l’État. Rappelons que l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, était disposée à prendre part au « dialogue national », uniquement à condition que celui-ci soit supervisé par un médiateur étranger – condition clairement écartée par le Président, qui la qualifie d’ingérence étrangère à ce dialogue.

 

Pour le porte-parole du mouvement Bruno Tshibala, » C’est M. Kabila, qui en présence du secrétaire général des Nations unies, a signé le 24 février 2013 l’accord d’Addis Abeba. Cet accord dit clairement qu’il appartient au représentant spécial du secrétaire général des Nations unies d’offrir ses bons offices en vue de promouvoir un dialogue réunissant les parties congolaises, en vue de favoriser la tenue d’élections apaisées en RDC. » Une coalition de l’opposition réunissant les deux autres partis principaux de l’opposition a déjà annoncé son intention de boycotter le dialogue, y voyant une manœuvre du camp présidentiel pour retarder les élections.

 

Parmi eux, le deuxième parti d’opposition, le Mouvement de libération du Congo (MLC), pour sa part dit « niet », car selon eux « ce n’est pas avec le président qu’il faut discuter des échéances électorales. » « Le président Kabila, pour le moment, ne constitue plus un interlocuteur en matière d’élections, estime Eve Bazaïba Masudi, secrétaire générale du MLC. L’interlocuteur en matière des élections, ce sont les cadres tripartites de la majorité, de l’opposition et de la Céni. » Le MLC reste sur ses revendications et demande toujours une modification du calendrier électoral pour que la présidentielle se déroule avant les élections locales – afin d’éviter les fraudes qui ont entaché de nombreux scrutins sous Kabila.

 

 

Publié le 3 juillet 2015 à 16 h 14 min par Jean-Yves Denis

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