Le Tchad contre la liberté de la presse ?

Le Tchad contre la liberté de la presse ?

L’expulsion du journaliste français Laurent Correau, le 23 juin, par la police tchadienne des airs et des frontières suscite une forte polémique de Paris à N’Djaména. Malmené par les policiers, le journaliste a reçu le soutien de nombreuses organisations défendant la liberté de la presse. Les autorités tchadiennes jugent qu’il s’agit d’une tempête dans un verre d’eau, mais il n’est pas certain que l’ambassadrice française qui a été empêché de se rendre auprès de Laurent Carreau perçoive les choses ainsi.

 

La lutte contre Boko Haram doit il donner un blanc seing au président tchadien ? La réponse est évidemment non, mais cela n’est pas forcément encore compris par certains responsables. C’est ainsi que le journaliste Laurent Carreau a fait les frais d’une liberté de la presse encore parfois mise à mal. Deux hommes en djellaba se présentent comme des membres de la police des airs et des frontières lui demandent de faire immédiatement ses valises. Direction l’aéroport pour un retour en France. Ne pouvant pas obtenir de confirmation d’une expulsion auprès de ses contacts au sein des autorités, le journaliste commence à penser à un enlèvement par des bandits ou des hommes de Boko Haram. Il exige alors que lui soit présenté un avis d’expulsion.

 

 

Présent au moment des faits, Reed Brody, le porte-parole de Human Rights Watch, sort son téléphone portable pour prendre les deux hommes en photo et est aussitôt frappé. Laurent Correau reçoit alors une gifle et est emmené manu militari dans un véhicule banalisé. L’ambassadrice de France, Évelyne Decorps, est alertée se rend à la rencontre de M. Correau. Chose aussi grave, elle est empêchée de rejoindre son concitoyen. Les réactions n’ont pas tardé à fuser avec en premier lieu RFI et le gouvernement français suivis par la presse africaine et les organisations de protection des journalistes, notamment l’Union des journalistes tchadiens ou encore Reporters sans frontières.

 

Conscient de ce qui se trame, le ministère tchadien de l’information a exprimé son « profond regret pour l’arrestation, l’humiliation et l’expulsion de l’envoyé spécial de RFI, Laurent Correau. […] Nous appelons les autorités sécuritaires de Ndjamena à éviter ce genre d’agissement qui ternit l’image de la liberté d’expression au Tchad ». Mais pourquoi un tel déchainement de violence alors ? Laurent Correau n’aurait pas reçu l’autorisation de commencer à travailler même s’il est arrivé légalement dans le pays… Ce à quoi il répond : « J’ai du mal à croire que c’est la véritable raison, répond Laurent Correau. Cela faisait cinq jours que j’étais arrivé au Tchad. Cette accréditation, je l’avais bien entendu sollicitée au ministère de la communication, où l’on m’avait dit que je pouvais commencer mon travail en attendant que l’on me délivre ce papier ». Le sujet de son enquête : les exactions commises dans le sud du pays pendant les années Hissène Habré n’est certainement pas étrangère à toute cette sombre affaire.

 

Publié le 1 juillet 2015 à 10 h 03 min par Marc Lallemand

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