Cameroun : une Histoire à réécrire ?

Cameroun : une Histoire à réécrire ?

Interviewé par RFI, Manuel Domergue, co-auteur de Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (publié en 2011), livre ses réflexions quant à la relation unique et parfois trouble entre le Cameroun et la France. Seul pays subsaharien dont la décolonisation par la France s’est faite dans le sang, l’histoire officielle tend à camoufler cet épisode douloureux. L’Histoire serait-elle réécrite ?

 

Contrairement au « mythe », la décolonisation de l’Afrique subsaharienne n’a pas été rose. Elle a pris de teintes rouge sang lorsque l’armée française a réprimé avec férocité les mouvements indépendantistes. « En fait, la guerre commence à partir de l’interdiction de l’UPC, en 1955, et elle va se poursuivre après l’indépendance du Cameroun, jusqu’en 1971 ». Mais pourquoi une guerre menée « en sous-main » par la France après l’indépendance ? Pour Manuel Domergue, la réponse est simple. Il s’agissait d’avoir un pouvoir camerounais ami ou plutôt vassal et de mettre à l’écart tous ceux qui rêvaient d’une indépendance dans les faits.

 

Le plus dérangeant, ce sont les méthodes utilisées pour mener à bien ce projet politique.

Le général Semengue, premier chef d’état-major camerounais à l’époque des faits a confirmé les découvertes de Manuel Domergue dans les archives françaises et camerounaises. L’armée camerounaise coupait les têtes de ses opposants et les exposait « pour faire de la pédagogie » auprès des villageois tentés par la rébellion. Des pratiques certes intra-camerounaises, mais où planait l’ombre de la France.

 

Ce terrible épisode de l’histoire des deux pays est cependant très peu connu. L’auteur de Kamerun explique cette situation par une communauté d’intérêts. La France défend logiquement son image et sa réputation. L’attitude du Cameroun s’expliquerait par le fait que les élites actuelles sont directement issues des personnages mis sur le devant de la scène il y a plusieurs décennies. Taire la guerre au Cameroun s’est aussi protéger les acquis d’aujourd’hui. C’est ainsi que Manuel Domergue comprend ce paradoxe. Mais, ce qu’il déplore le plus ce sont les dénégations des autorités à l’image d’un François Fillon en 2009 (alors Premier ministre) qui a nié l’existence d’un conflit au Cameroun : « Madame, ceci est une pure invention ».

 

 

 

 

Publié le 30 juin 2015 à 10 h 04 min par Mathilde Grandjean

Laisser un commentaire