Burundi : la position intenable de Nkurunziza

Burundi : la position intenable de Nkurunziza

Au Burundi, la crise s’accentue avec la reprise des manifestations d’opposition s’opposant à un troisième mandat pour le président sortant Pierre Nkurunziza. Alors que les Etats-Unis estiment que cette candidature menace « gravement » la stabilité du pays, la Céni propose un report des votes, qui doit désormais être validé par le président. Dans le grand flou ambiant, ce dernier ne s’est pas déplacé en Tanzanie, dimanche, par crainte d’être victime en son absence d’une nouvelle tentative de coup d’Etat.

 

À trois jours de ce qui doit être le début des élections générales et en pleine contestation contre le président Pierre Nkurunziza, le Burundi vit toujours au rythme des rumeurs de report des scrutins. Dimanche, les chefs d’État d’Afrique de l’Est, réunis en sommet à Dar es-Salaam, avaient demandé un report d’au moins un mois et demi de la séquence électorale. Tout en envoyant des signaux favorables à une telle décision, la Ceni a redonné mardi sa responsabilité à la présidence. « Il faut que le Burundi ait un chef de l’Etat élu en 2015 et au plus tard investi le 26 août. Il faut que l’on ait le Parlement avant, parce que le chef de l’Etat prête serment devant le Parlement réuni (…) Le 8 juillet, on doit avoir un Parlement en place. (…) Nous avons fait une proposition technique à la présidence, qui reste dans le respect des délais constitutionnels. Nous attendons une décision de la présidence », a déclaré le porte-parole de la Commission électorale nationale (Céni), Prosper Ntahorwamye.

 

Après le départ des observateurs de l’UE et le désengagement de l’Eglise catholique du processus électoral, deux membres de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ont fui à l’étranger, dont sa vice-présidente. Avant de fuir le Burundi, ces deux membres de la commission ont laissé derrières elles des lettres de démission postées sur les réseaux sociaux par des opposants. Elles ont toutes deux été authentifiées par le président de l’institution. C’est un coup dur de plus pour la crédibilité du vote au Burundi et pour la commission qui risque d’avoir du mal à fonctionner. Le règlement de la Céni impose en effet que les décisions soient prises à la majorité de quatre membres sur cinq. Selon son président, cela ne posera cependant pas de problème : « Pour le moment, les travaux que nous pilotons depuis cinq jours ne nécessitent pas de décision à prendre. » Selon lui, la nouvelle date devrait être connue au plus tard ce vendredi, jour initialement prévu pour le scrutin communal et législatif.

 

Dans la rue, la contestation de faiblit pas : des manifestations ont battu le pavé, dans tous les quartiers contestataires que ce soit à Cibitoke, Nyakabiga, Musaga, Kanyosha, malgré une répression toujours aussi intense. Mardi matin, la police a immédiatement ouvert le feu en l’air, mais au fusil d’assaut, à la vue du moindre manifestant. Les agents n’ont pas hésité à tirer des gaz lacrymogènes dans des maisons, déclenchant des incendies, semant la panique dans les foyers. Il y a aussi eu beaucoup d’arrestations de manifestants – pour la plupart pacifiques, bien que certains répondent avec des jets de pierres aux tirs de gaz et de kalachnikov de la police. Des témoins ont rapporté que les policiers déployés ont tiré à vue dans les quartiers les plus chauds de la contestation. Une trêve avait été observée lundi après le sommet des chefs de l’Etat de l’Afrique de l’Est qui ont recommandé le report des élections.

 

Washington est monté au créneau, appelant Nkurunziza à la raison. Un troisième mandat du président Nkurunziza « est en violation avec l’accord d’Arusha », accord de paix qui avait mis fin à la guerre civile (1993-2006), mettait en garde la diplomatie américaine dans une communiqué transmis dimanche soir à l’AFP. « Nous continuons vivement d’exhorter le président Nkurunziza à reconsidérer son intention de conserver le pouvoir au détriment de cet accord (…) et de la stabilité chèrement acquise après une tragique guerre civile », poursuit l’ambassade. La position du gouvernement des Etats-Unis demeure que l’accord d’Arusha doit être respecté, et que toute violation de ce texte porte gravement atteinte à la stabilité du pays.

 

L’absence du président Nkurunziza à Dar es-Salaam dimanche, où les chefs d’Etat d’Afrique de l’Est se réunissaient pour trouver une solution à la crise politique qui secoue le Burundi depuis un mois, était symbolique de la fragilité de sa position. Officiellement resté au Burundi pour y « faire campagne », il n’a en réalité pas fait le voyage en Tanzanie en raison de la tentative de coup d’Etat qui s’était produite contre sa personne le 13 mai dernier, alors qu’il s’était rendu sur place pour une première réunion sur la crise burundaise en compagnie de ses homologues des pays voisins. Cette attitude a suscité une pluie de commentaires indignés de la part des opposants, qui relèvent dans cette attitude du mépris à leur égard et de l’indifférence vis à vis de la situation au Burundi.

 

 

Publié le 4 juin 2015 à 15 h 22 min par Laurent Fronsac

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