Appel au Boycott du commerce du bois illégal en RDC

Appel au Boycott du commerce du bois illégal en RDC

Après Greenpeace il y a quelques semaines, c’est au tour de l’ONG Global Witness d’appeler les Etats-Unis, l’Europe et la Chine à boycotter le bois coupé illégalement dans le nord de la République démocratique du Congo nuisible à l’environnement. Les deux ONG accusent les entreprises étrangères de ne pas être assez regardantes sur les conditions dans lesquelles le bois a été produit.

 

Le rapport de l’ONG britannique Global Witness intitulé L’impunité exportée explique comment les forêts du Congo sont exploitées illégalement pour le marché international par des grandes entreprises forestières opérant dans ce pays d’Afrique centrale, où le contournement des lois se fait avec la complicité notoire de l’administration. Il révèle notamment que les 10 millions d’euros issus du commerce de bois avec la RDC, sont entachés « d’innombrables illégalités et atteintes sociales et environnementales. » Elle s’est appuyée sur le travail de l’Observatoire de la gouvernance forestière (OGF) en compilant les cas d’infraction relevés entre 2011 et 2014 par cet organisme indépendant, mandaté par le ministère des forêts pour suivre les fonctionnaires dans leurs missions de contrôle.
Les conclusions sont sans appel : durant ce délai, 28 des 57 concessions forestières en RDC – soit la moitié des concessions industrielles congolaises réalisant la grande majorité des exportations – présentait des entorses la législation forestière congolaise. Exploitation en dehors des zones autorisées, dépassement des volumes de coupe, collecte d’espèces protégées exportées avec de faux permis Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction), marquage frauduleux du bois, non-paiement des redevances, autant d’entorses commises quasi quotidiennement. Les exportations continuent en dépit de lois européennes qui interdisent d’importer du bois qui porte atteinte aux législations du pays producteur. Depuis mars 2013, en effet, un règlement européen reposant sur le principe de la « diligence raisonnée » est entré en vigueur pour juguler les importations massives de bois, qui contribuent à la déforestation tropicale. Des accusations lourdes, mais que Global Witness n’est pas seule à relayer.

 

Ce rapport est sorti à peine deux semaine après des révélation similaires par l’ONG internationale Greenpeace. Le rapport de Greenpeace intitulé « Exporter le chaos : l’impact local et international de l’exploitation forestière illégale en RDC » est le fruit de deux ans d’investigations visant la Compagnie de transport et d’exploitation forestière (Cotrefor). Société de droit congolais à capitaux libanais, elle dispose de deux concessions en RDC une dans le territoire de Befale, dans la province de l’Equateur (Nord-ouest), et une dans le territoire de Banalia, dans la Province Orientale (Nord-est). Là aussi, le jugement est sans appel : « Greenpeace Afrique appelle les clients de Cotrefor, ainsi que les autres clients en aval de la chaîne d’approvisionnement, à retirer le bois Cotrefor de la vente et à s’abstenir de tout achat […] jusqu’à ce que la légalité du bois puisse être assurée. »

 

D’après Raoul Monsembula, coordinateur national en RDC pour Greenpeace Afrique, Cotrefor se livre à une exploitation « illégale et destructive » mettant en péril » les espèces menacées comme les Bonobos [grands singes que l’on ne trouve qu’en République démocratique du Congo] et l’afrormosia [variété précieuse de bois], sans pour autant tenir ses promesses de développement local durable et d’engagements sociaux vis-à-vis des populations. Greenpeace critique elle aussi l’Etat : « Les activités de la Société Cotrefor sont symptomatiques du chaos organisé régnant dans le secteur de l’exploitation forestière en RDC, où la faible gouvernance et la corruption sont des obstacles majeurs à la protection des forêts. »

 

Mais du côté du ministère congolais de l’Environnement, on dénonce un acharnement des ONG. Selon les autorités, certains des contrôles doivent être améliorés, mais les infractions commises par les exploitants officiels, qui ne produisent que 10% du bois dans le pays, seraient minimes à côté de celles commises par le secteur artisanal ou totalement informel qui domine 90% du marché du bois en RDC. Bienvenu Liyota Ndjoli, ministre congolais de l’Environnement et Développement durable, a publié un communiqué démentant les accusations de Greenpeace. Son ministère a « relevé, comme à l’habitude, une séquence de propos diffamatoires, jalonnée de confusions et d’amalgames, ce qui est, comme chacun le sait, la manière dont Greenpeace fait prospérer son fonds de commerce. »

 

Le « grand Congo » possède plus de 150 millions d’hectares de forêts, soit près de 60 % du bassin forestier d’Afrique centrale. Dix millions d’hectares sont exploités dans le cadre de grandes concessions accordées à des entreprises industrielles. Selon l’ONG Transparency International, en 2014, la RDC se classait 152e sur 175, parmi les plus mauvais élèves dans le secteur.

 

 

Publié le 4 juin 2015 à 10 h 15 min par Laurent Fronsac

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