Le dialogue prôné par Joseph Kabila rejeté par une partie de l’opposition

Le dialogue prôné par Joseph Kabila rejeté par une partie de l’opposition

En RDC, une frange de l’opposition refuse le dialogue politique demandé par le président Kabila. Mais après deux semaines d’échanges, la plupart des grandes formations de l’opposition ont décidé de décliner ces nouvelles tractations. Pour elles, il s’agissait d’un piège visant à contourner la Constitution pour maintenir le président au pouvoir – en l’état la Constitution interdit de se représenter pour un troisième mandat. L’UDPS, pour sa part, prône une reprise des discussions.

 

En l’état actuel de la Constitution congolaise, Joseph Kabila – élu en 2006 et réélu en 2011 – ne peut pas briguer un nouveau mandat en 2016. Plus l’échéance approche, plus le climat politique devient tendu à Kinshasa. Dans ce contexte, le chef de l’Etat tente d’organiser des consultations avec toutes les forces vives de la nation. Les réalismes du calendrier électoral global, publié par la Commission électorale nationale indépendante (Céni) – la RDC votera en effet sept fois en à peine plus d’un an – l’affaire de la fosse commune de Maluku, l’insécurité persistante à Beni, autant de point contentieux au centre de la vaste contestation. Bien qu’ayant abouti à un gouvernement dit de « cohésion nationale », les « concertations nationales », organisées début septembre 2013 entre les représentants de la majorité, d’une frange de partis d’opposition et de la société civile, n’ont pas permis d’apaiser les esprits.

 

Hormis l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) qui n’a pas signé la déclaration, l’Union pour la nation congolaise (UNC), le Mouvement de libération du Congo (MLC) et une multitude d’autres partis de l’opposition rejettent la main tendue du président Joseph Kabila. Selon l’opposant Vital Kamerhe, leader de l’UNC, il faut éviter de tomber dans le piège du pouvoir en place, « nous sommes en plein glissement et violation de la Constitution. » L’opposition dénonce la confiscation du droit de la minorité à l’Assemblée nationale, a expliqué Jean-Lucien Bussa du Courant démocratique et rénovateur (CDR) : « L’opposition a décidé de suspendre sa participation aux plénières de l’Assemblée nationale jusqu’à ce que le bureau offre les garanties du respect de la Constitution et du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. »

 

Mercredi 28 mai, l’opposition républicaine – dont le président du Sénat Léon Kengo wa Dondo est la voix et l’autorité morale – a déclaré à la presse, qu’elle estime que le Gouvernement Matata II doit plutôt appliquer les résolutions des concertations nationales. « Sur 763 recommandations desdites concertations nationales, dont 100 avaient été sélectionnées comme prioritaires, il n’y a que 23 qui ont été exécutées ou en cours d’exécution. Soit 20 à 23% seulement du taux d’exécution. » De fait, le « cas Kabila » n’a été évoqué lors des assises. Et même au sein de la coalition au pouvoir, la question dérange. « Les concertations ont abordé tous les sujets, sauf celui du chef de l’État », tonne Tryphon Kin-Kiey Mulumba, ministre en charge des Relations avec le Parlement et membre du bureau politique de la Majorité présidentielle. « Des opposants une fois nommés ministres ont été expulsés de leurs partis », ajoute-t-il, pour démontrer « l’échec des concertations nationales »

 

Formation historique de l’opposition, l’UDPS a dit être prête à participer au « dialogue politique » proposé par M. Kabila, y voyant la meilleure solution pour sortir le pays de la crise politique qu’il traverse depuis la réélection contestée du chef de l’Etat en 2011. Selon RFI, « le volte-face de l’UDPS, le principal parti de l’opposition en RDC qui à toujours été contre toute forme de dialogue avec le Président Joseph Kabila et le régime de Kinshasa lui fait changer de cap en estimant qu’il n’y a plus d’alternative que celui d’aller à la table de discussions avec le pouvoir pour arriver à baliser la voie pour un processus électoral apaisé. » Toujours selon RFI, « son secrétaire général Bruno Mavungu appelle au rassemblement de tous les partis de l’opposition pour sauver le processus électoral. » La Céni a publié en février un calendrier électoral global devant commencer en octobre et mener jusqu’à la présidentielle et aux législatives programmées pour novembre 2016. Les parties d’opposition estiment en substance que ce calendrier fait peser une grande incertitude sur la tenue de la prochaine présidentielle dans les délais prévus par la Constitution.

 

Parmi les pro-dialogue on compte également l’Opposition nationaliste de Steve Mbikayi, le Mouvement pour le Renouveau de Clément Kanku Bukasa wa Tshibuabua, ainsi que  de nombreuses autres formations politiques plus ou moins petites. Toutefois, les pro-dialogue n’ont tous pas les même revendications, ce qui complique la donne pour les deux camps. Certains affirment que les pourparlers ne sont qu’un moyen de diviser l’opposition pour le camp présidentiel, faisant miroiter la possibilité de rejoindre un gouvernement d’union nationale. Il apparaît en tout cas une fois de plus que l’alternance constitue un point de crispation. Les politiciens de l’Opposition n’arrêtent pas d’émettre des doutes – et certains acteurs de la  Communauté internationale ne sont pas en reste. C’est le cas de l’organisation International Crisis Group qui, dernièrement, s’est interrogée sur la volonté du Gouvernement de la RDC à créer les conditions d’une alternance pacifique à l’horizon 2016.

 

 

Publié le 29 mai 2015 à 9 h 55 min par Emmanuel Samba

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