Nkurunziza, de plus en plus isolé, pousse le Burundi vers une crise politique grave

Nkurunziza, de plus en plus isolé, pousse le Burundi vers une crise politique grave

Après l’assassinat, samedi 23 mai, de Zedi Feruzi, les opposants à un troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza, ont mis fin au dialogue qu’ils avaient entamé avec le pouvoir, sous l’égide des Nations unies À mesure que le pays s’enfonce dans la crise, les autorités burundaises, sont mises sous pression par la communauté internationale.

 

Au Burundi, les manifestations contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza – sa décision de se représenter est contraire à la constitution du pays – secouent depuis près d’un mois le pays. Chaque jour apporte son lot de blessés et de tués. Samedi 23 mai au soir, c’est Zedi Feruzi, le président du parti de l’Union pour la paix et la démocratie (un petit parti de l’opposition) a été assassiné dans le quartier de Ngagara alors qu’il rentrait chez lui. De confession musulmane, cet homme à la barbe grisonnante était persuadé de pouvoir réunir le vote de 70 % de la communauté musulmane.

 

Les assaillants ont pu prendre la fuite, mais selon un journaliste burundais qui discutait avec la victime au moment de l’attaque et qui a lui-même été blessé. D’après lui, les tueurs portaient « des tenues policières de la garde présidentielle. » Il a dit désormais se cacher par peur lui aussi « d’être tué ». La présidence a démenti ses accusations. Elle s’est dit « choquée », et a « demandé que la lumière soit faite de façon urgente afin que les coupables soient traduits devant la justice. » Une troisième personne a été grièvement blessée, apparemment un autre policier chargé de la protection de Zedi Feruzi.

 

Ce meurtre intervient au terme d’une nouvelle semaine de manifestations et d’une alarmante escalade de la violence. Les funérailles ont eu lieu dans une mosquée du quartier industriel, où le corps a été sorti du cercueil puis mis en terre dans un linceul. De deux à trois mille personnes ont assisté dimanche à Bujumbura à la cérémonie. A son issue, l’imam a demandé « à tous de la discipline ». « Nous allons retourner à Ngagara en silence. Que personne ne dérape. Celui qui créera un incident ne sera pas avec nous », a-t-il mis en garde. D’autres violences ont été évités, mais pour combien de temps?

 

La Coordination anti-3e mandat a condamné, ce dimanche matin, un « acte ignoble » et annoncé qu’elle « suspendait sa participation au dialogue » initié par le Bureau des Nations unies pour les élections entre le gouvernement et les différents acteurs socio-politiques. Après une trêve ce week-end, les leaders du mouvement ont appelé les manifestants à se mobiliser de nouveau lundi avec encore « plus de vigueur ». Cette déclaration intervient un mois jour pour jour après le début des manifestations. Les défilés, émaillés de violences, ont déjà provoqué la mort d’une trentaine de personnes. Une réunion de crise, convoquée par la communauté d’Afrique de l’Est, est à nouveau prévue dimanche 31 mai en Tanzanie. Reste à savoir si Pierre Nkurunziza s’y rendra.

 

L’ organisation des élections générales au Burundi, censées débuter le 5 juin, est impossible en raison du « désordre politique et sécuritaire » actuel dans le pays, a estimé l’opposition, qui a appelé la communauté internationale à ne pas « cautionner » ce « hold-up électoral. Cautionner un tel processus revient à soutenir une prévisible guerre civile au Burundi qui s’en suivrait au lendemain des élections », prévient l’opposition, qui demande aux partenaires internationaux du Burundi de « ne jamais reconnaître les résultats d’élections qui auront été organisées par Nkurunziza dans ces conditions »

 

Le pouvoir burundais a rejeté mardi les pressions étrangères. Le gouvernement du Burundi est (…) profondément préoccupé par l’activité diplomatique en cours qui tend à saper et – dans une large mesure – à dénigrer les institutions républicaines et constitutionnelles du pays », a déclaré sur les ondes de la radio nationale le porte-parole du gouvernement, Philippe Nzobonariba. Le gouvernement du Burundi « ne négociera, ni ne discutera des questions qui tendent à saper ses institutions. Ceci est la ligne rouge qui doit guider ceux qui cherchent à collaborer » avec les autorités burundaises.

 

Au sein de la communauté internationale, ce communiqué est perçu comme une étape de plus dans la crise, la défiance et le déni. L’Union africaine ou encore l’Union européenne ont déjà haussé le ton et fait part de leur préoccupations, et la France a suspendu sa coopération sécuritaire avec le Burundi, a-t-on appris mardi de source diplomatique française. La Belgique qui menace de couper son aide si le président Pierre Nkurunziza s’entête à briguer un troisième mandat. Or, la Belgique et l’UE sont les principaux bailleurs du Burundi, dont 50% du budget national provient de l’aide internationale.

 

 

Publié le 27 mai 2015 à 10 h 05 min par Jean-Yves Denis

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