Le port du voile intégral interdit au Congo

Le port du voile intégral interdit au Congo

Afin d’éviter les violences islamistes qui touchent son voisin camerounais, le Congo Brazzaville a interdit le port du voile intégral par les femmes musulmanes, notamment dans les lieux publics. Cette décision du ministère de l’Intérieur semble être bien acceptée par les musulmans qui font eux-mêmes état des actes criminels parfois perpétrés par des non musulmans qui se camouflent derrière ces voiles.

 

Samedi 2 mai « le ministre de l’Intérieur (Raymond Zéphiryn Mboulou) nous a notifié la décision d’interdire le voile intégral chez les femmes musulmanes. La décision est prise pour prévenir tout acte de terrorisme et d’insécurité », a indiqué samedi à l’AFP El Hadj Abdoulaye Djibril Bopaka, qui préside le Conseil supérieur islamique du Congo. « Les femmes musulmanes ne peuvent désormais mettre leur voile intégral qu’à la maison, dans les lieux de culte mais pas dans les milieux publics », a-t-il ajouté, précisant cependant que les « femmes qui portent le voile intégral ne représentent qu’une infime minorité ».

 

Cette interdiction « fait partie de l’opération Mbata ya Bakolo (gifle des aînés) », lancée en avril 2014 pour lutter contre l’immigration clandestine et l’insécurité. Le Conseil, a-t-il précisé, a été informé lundi de cette décision par le gouvernement et s’est vu donner un délai de 15 jours pour sensibiliser la communauté musulmane. « Avec le gouvernement, nous sommes accordés pour les questions de sécurité parce qu’il y a eu déjà quand même des témoignages qui ont montré comment les non-musulmans se cachaient à travers ce voile intégral pour commettre des actes qui ne sont pas autorisés au niveau des pays. »

 

Depuis l’interdiction du voile intégral, aucun mouvement de contestation n’y a été reporté. Plus encore, le Conseil supérieur islamique du Congo s’est lancé dans une campagne d’information et de sensibilisation auprès des musulmans. « On doit bien informer (les intéressés) pour éviter de tomber dans les erreurs de la mauvaise propagande », a déclaré El Hadj Abdoulaye Djibril Bopaka. « Nous avons déjà tenu la grande réunion avec les imams de Brazzaville qui ont pris l’engagement de faire le relais », a-t-il ajouté, affirmant que « la sécurité est aussi une affaire de religion. »

 

Les autorités ont également interdit aux musulmans venant d’autres pays de passer leurs nuits dans les mosquées. En effet, des milliers de personnes – principalement des musulmans – ont fui la violence de la Centrafrique voisine et ont été trouvé refuge dans les mosquées. Quelques musulmanes interrogées à Poto-Poto, un quartier populaire de Brazzaville où vivent et commercent la quasi-totalité des musulmans de Brazzaville, acceptent cette décision. Tel est le cas de Bro Mohamed, commerçant du quartier. Il rappelait que « la loi n’est ni chrétienne ni musulmane, la loi c’est la loi. Nous constatons tous qu’il y a des tentations (de terrorisme) par-ci par-là donc le gouvernement peut interdire certaines choses. »

 

Le Congo est un pays laïc où toutes les religions sont acceptées. Il compte quelque 800 000 fidèles musulmans, dont 90 % viennent des pays ouest-africains et du monde arabe, et 10 %, d’ethnies traditionnellement congolaises. La grande majorité des citoyens congolais sont chrétiens (80 %), selon les estimations officielles. Contrairement à son voisin, le Cameroun, durement frappé par les attaques de la secte islamiste nigériane Boko Haram, le Congo n’a pas encore enregistré d’actes terroristes sur son territoire. Au Nigeria, plusieurs attentats extrêmement meurtriers ont été commis sur des marchés par des femmes ou des jeunes filles dissimulant des explosifs sous leur hijab.

 

En plus des crimes laïcs perpétrés sous le couvert du voile, la menace du terrorisme pourrait bien apparaître dans le pays. Dans une interview donnée à Bloomberg en Février dernier, le président congolais Denis Sassou Nguesso avait déclaré que seule « une coopération internationale peut permettre de venir à bout de Boko Haram », s’attirant les foudres du groupe fondamentaliste. Boko Haram continue de frapper sans discernement, au-delà des frontière, et sa récente allégeance à l’Etat Islamique montre que ses ambitions n’ont pas décliné malgré la guerre sans merci qui lui est menée par la coalition du Tchad, Nigeria et Cameroun.

 

 

Publié le 10 mai 2015 à 15 h 58 min par Emmanuel Samba

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